Le Blog de Geneviève Fioraso

Le 12 décembre dernier à Séoul, j’ai eu l’honneur de clôturer le Forum spatial France-Corée qui vise à amplifier la coopération entre les deux pays.

A cette occasion, retrouvez l’intégralité de mon discours :

Monsieur le Ministre des Sciences, des Technologies de l’Information et des Programmes futurs, cher Monsieur CHOI Yan Hee

Monsieur l’Ambassadeur de France en Corée, cher Fabien Penone,

Monsieur le Président Directeur général de Korean Air, Président de l’année France-Corée, cher Monsieur CHO Yang-Ho

Monsieur le PDG d’Arianespace, Président du Comité des Mécènes de l’année France-Corée, cher Stéphane Israël

Monsieur le Président du CNES, cher Jean-Yves le Gall

Monsieur le Président du Kari, cher Dr CHO Gwang Kae

Monsieur le Président du Groupe d’amitié France-Corée du Sénat, Premier Vice-Président du groupe des élus pour l’espace, Sénateur des Yvelines, cher Alain Gournac,

Monsieur le Président des années croisées France-Corée, cher Henri Loyrette,

Mesdames, Messieurs les Présidents, Directeurs d’entreprises du spatial, les universitaires et directeurs d’établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche

Mesdames, Messieurs les participants,

Je veux tout d’abord, au nom des sénateurs et députés français engagés dans le spatial, mais aussi en tant qu’ancienne ministre de la recherche et de l’enseignement supérieur en charge du spatial, remercier et féliciter les organisateurs et les intervenants de ce forum espace-France/Corée, point d’orgue de l’année France-Corée riche de tant d’évènements culturels, scientifiques, universitaires et économiques.

Ce séminaire espace, de très haut niveau, est une véritable réussite et nous ne pouvons que nous en réjouir collectivement, d’autant qu’il intervient 25 ans après une première rencontre sur ce thème ici-même dans cet hôtel. Cela permet de mesurer le chemin parcouru. Un grand merci à Stéphane Israël, PDG d’Arianespace et Président de l’année France Corée et au Président CHO, CEO de Korean Air, Président de France-Corée qui l’ont permis, en s’appuyant sur le dynamisme de l’Ambassadeur de France-Corée, Fabien Penone et les acteurs présents aujourd’hui, une délégation française du plus haut niveau, comme leurs homologues coréens. Car la Corée et la France, nous l’avons constaté tout au long des échanges très riches de cette journée, ont de nombreux points communs dans leur stratégie spatiale.

Tout d’abord, nous partageons la même ambition pour cette filière considérée comme hautement stratégique.

Cette ambition commune concerne l’ensemble du domaine : l’accès à l’espace d’abord, qui engage la souveraineté de nos états respectifs avec les lanceurs, la recherche, la formation mais aussi le secteur aval des applications, en pleine expansion, le tout s’appuyant sur une politique industrielle volontariste et robuste.

La coopération  entre nos deux pays a été renforcée le 4 novembre 2015 avec la signature d’un accord entre notre agence, le CNES et le KARI, à la maison bleue de Séoul.

Les thèmes abordés lors des tables rondes successives, la politique globale de coopération entre nos pays, les partenariats industriels déjà engagés  et à venir, le rôle du spatial pour l’environnent et la lutte contre le changement climatique, la coopération en matière de formation et recherche, témoignent de la richesse de notre coopération mais soulignent surtout le potentiel des partenariats à renforcer ou à initier pour l’avenir.

Les réalisations passées ou en cours entre le CNES et KARI pour la science et la recherche, Arianespace pour les lanceurs, 5 lancements réalisés et 3 à venir à la station spatiale de Kourou, Airbus Defence and Space pour les satellites télécoms et les équipements pour les lanceurs, Thalès Alenia Space pour les satellites télécoms et,  très récemment, la signature d’un contrat pour des satellites de navigation basés sur le système Egnos de l’ESA, les projets avec Airbus Safran Launchers, ont été largement évoqués. Je n’y reviendrai donc pas et insisterai sur l’avenir.

Je me concentrerai sur deux points qui me semblent majeurs pour conforter une coopération de long terme, la seule fructueuse.

Le premier, cela ne vous étonnera pas, concerne la formation et la recherche. Pour développer et maintenir la compétitivité dans un secteur aussi concurrentiel au niveau international, il est essentiel de s’appuyer sur les compétences de femmes et d’hommes bien formés. Le secteur spatial est aujourd’hui transformé en profondeur par le numérique, c’est l’objet d’un rapport que j’ai remis récemment au Premier Ministre de la France comme le Président du CNES l’a  rappelé ce matin.  C’est  ce que l’on appelle  smart, new ou open space, en réalité le secteur du spatial actuel doit être à la fois intelligent, renouvelé et ouvert. Cela implique une ouverture du domaine à de nouveaux métiers : les spécialistes de la donnée, les data scientists, les data miners, les informaticiens, les spécialistes du traitement de l’image, les designers de nouveaux véhicules ou constellations, modulaires, agiles, moins coûteux tout comme les économistes capables d’établir les nouveaux modèles correspondants, toutes ces compétences ont aujourd’hui leur place pleine et entière dans les équipes du spatial, aux côtés des ingénieurs, chercheurs et techniciens déjà présents.

En France, des écoles d’ingénieur, des universités, des laboratoires de recherche à Toulouse, je salue l’Isae/Supaéro, à l’ISU à Strasbourg et je salue Jean-Jacques Favier, seul astronaute présent aujourd’hui, à Grenoble avec le CESUG, à Paris Saclay, en Bretagne, dont les représentants sont dans la salle, mais aussi à Montpellier, à Bordeaux, tous ont déjà mis en place des formations adaptées, en lien avec le CNES et les entreprises du domaine.

Des partenariats sont déjà établis  ou sont en cours, pour les formations supérieures initiales, avec leurs homologues coréens, notamment le KAIST, les universités de Séoul, comme pour  la formation professionnelle grâce aux échanges avec les équipes d’ingénieurs de TAS et d’ADS à Cannes, Toulouse  et Paris dans le cadre des projets en cours. La France apportera tout son soutien aux programmes de mobilité et d’échanges pour les amplifier, que ce soit pour la formation universitaire ou professionnelle, la recherche ou les développements industriels. C’est la base d’une coopération de long terme dont nos industriels bénéficieront.

Le second point concerne la résolution numérique qui modifie très vite et en profondeur les paradigmes du secteur spatial, que ce soit pour les technologies ou les applications : en fait, c’est toute la culture du spatial qui évolue avec l’arrivée des acteurs du numérique et des start-ups.

Dans mon rapport intitulé « l’open space, pour répondre aux enjeux du secteur spatial », j’ai mis l’accent sur l’impact du numérique qui accélère l’exploration spatiale comme les nouveaux usages accessibles directement aux citoyens pour l’accès à internet, par exemple.

 On dit que le numérique est le nouvel or noir. En fait, le spatial, l’acteur méconnu du numérique est l’un des plus importants pourvoyeurs de données. C’est la raison pour laquelle il attire aujourd’hui les GAFA américains qui contribuent à en modifier la culture et les pratiques.

Vous le savez mieux que quiconque, puisque le digital et le traitement des métadonnées sont au cœur du développement de votre pays, comme l’a rappelé en ouverture du forum votre ministre des sciences.

Quelques indicateurs permettent de mesurer le rôle majeur de la data dans le développement économique : 54 % des données ayant permis de mesurer l’élaboration du changement climatique pour la COP 21 viennent exclusivement du spatial.

Le marché mondial du big data, les métadonnées, a augmenté de 23,5% en 2015.  D’un montant de 18,3 milliards de dollars en 2014, il passera à 92,2 milliards en 2026.

Toutes  les applications utilisant ces métadonnées concernent directement les citoyens. Elles sont de plus en plus nombreuses et constituent sur un marché très important, à la fois porteur d’emplois et d’innovation.

C’est d’abord l’observation de la terre : avec les prévisions météorologiques, la cartographie, la surveillance des risques naturels, climatiques et environnementaux et l’aide aux pays en détresse ; l’agriculture dite de précision utilisant moins de pesticides, la surveillance des frontières terrestres et maritime.

Ensuite les télécommunications, avec l’accès aux réseaux, l’internet pour tous les territoires et les applications défense mutualisées avec les images d’observation de la terre, comme cela a été évoqué par le général Testé ce matin. Au passage, je veux là encore souligner les intérêts similaires de la Corée et de la France dans le domaine de la défense : nos deux pays sont confrontés à des menaces. La France a d’ailleurs toujours exprimé son soutien à votre pays face aux menaces de la Corée du Nord. De notre côté, nous affrontons le terrorisme sur le territoire comme en Afrique ou au Moyen-Orient, là où nos militaires interviennent.

Comme parlementaire membre de la commission défense, je connais le rôle essentiel du spatial pour la surveillance du territoire comme pour les interventions militaires sur le terrain. La présence du général Jean-Daniel Testé en Corée pour la première fois marquera, je l’espère, le début d’un partenariat renforcé dans ce domaine entre nos deux pays alliés. Ensemble, nous serons plus forts pour combattre la barbarie.

Le troisième champ d’application, c’est le positionnement, avec la navigation et la géolocalisation. Galiléo, le GPS européen, va délivrer d’ici quelques semaines ses premiers services aux entreprises, aux citoyens comme pour la défense. Les débouchés commerciaux pour l’internet des objets, les systèmes d’information embarqués dans les avions, les automobiles utilisant les données de la géolocalisation sont très importants et là aussi porteurs d’emplois et d’innovation. De nombreux domaines, comme la régulation des trains, des flux financiers dépendent déjà de ces développements.

Le dernier mais non le moindre des domaines du spatial, c’est bien entendu la science. Mon collègue  et ami, le sénateur Alain Gournac, évoquait ce matin à juste titre le besoin de rêve dans un monde perturbé par de trop nombreux conflits. L’exploration spatiale, l’aventure sur Mars, sur la lune, le séjour de notre astronaute français Thomas Pesquet pour six mois dans la Station Spatiale Internationale sont autant d’initiatives qui repoussent les frontières de la connaissance mais aussi les frontières physiques de notre planète.

La découverte des exo-planètes, les expériences scientifiques menées sur Mars, sur la lune, dans la station spatiale internationale, l’ISS, participent  de la connaissance et du rêve partagés, de l’universalité dont notre monde a tant besoin.

Un poète français, René Char, a dit : « Comment vivre sans inconnu devant soi ? ». C’est la découverte de cet inconnu que la France et la Corée se sont engagées à défricher ensemble, au bénéfice de la science, du développement économique, du bien être de la planète. Ce forum est une première étape d’un partenariat renouvelé entre nos deux pays, en confiance et en amitié.

Vive l’espace et vive la coopération entre la France et la Corée !