Le Blog de Geneviève Fioraso

Comme ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, j’ai toujours eu à cœur d’encourager et saluer l’engagement des scientifiques femmes. Souvent trop modestes, peu présentes dans les jurys, elles peinent à franchir le plafond de verre et sont encore trop peu nombreuses à présider ou diriger des universités, des laboratoires, des instituts, des écoles, à compétences égales avec leurs collègues hommes. Dans la loi sur l’enseignement supérieur et la recherche de 2013, j’ai instauré une parité homme-femme pour tous les jurys de sélection afin de remédier à cette injustice.

Heureusement, certaines scientifiques ou ingénieures de recherche n’ont pas attendu 2013 pour tracer un parcours de réussite et de prise de responsabilité dans la recherche publique comme privée ou partenariale.

C’est le cas de Nadine Guillemot, aujourd’hui directrice de l’ESISAR à Valence, une école d’ingénieur en systèmes avancés, qu’elle dirige avec talent et ouverture sur le monde socio-économique. D’ailleurs, les ingénieurs de l’ESISAR se voient proposer un ou plusieurs offres d’emploi avant même leur sortie de l’école. Pendant dix ans, administratrice pour la ville et la métro de Grenoble INP, j’avais pu apprécier le talent, la détermination mais aussi le sens du projet et du travail en équipe dont Nadine Guillemot, alors successivement directrice du CIM, centre Inter-universitaire de Microélectronique, l’un des 3 premiers pôles français de formation à la microélectronique et aux microsystèmes, directrice adjointe de l’école d’ingénieur en microélectronique , l’ENSERG, devenue Phelma, puis vice-présidente du CEVU et du conseil d’administration de Grenoble INP. C’est la raison pour laquelle, alors ministre, je l’avais proposée à la grande chancellerie pour une distinction dans l’ordre de la légion d’honneur.

Tout comme le Président Paul Jacquet, alors à la tête de Grenoble Institut National Polytechnique, j’avais tout de suite apprécié le dynamisme de Nadine Guillemot et son talent à mener avec détermination et diplomatie des projets ou des changements structurels d’envergure. C’est ainsi qu’elle a assuré, pour Grenoble INP, la co-construction du projet Minatec, du plan Campus Grenoble Université de l’Innovation, du projet Giant puis la programmation du volet formation de l’Institut de Recherche Technologique Nanoélec mené. Auparavant, elle avait mené avec succès une restructuration profonde de l’INP, avec un regroupement en 6 écoles et pôles de recherche associés que nous connaissons aujourd’hui : énergie/eau/environnement ( Ense3 à Green-er), informatique et mathématiques appliquées (Ensimag), physique, électronique, matériaux (Phelma), le génie industriel avec une école dédiée, la papeterie/les bio-matériaux (Pagora), et bien sûr l’ESISAR à Valence pour les systèmes avancés et les réseaux.

Pour toutes ces raisons et aussi grâce aux qualités humaines de Nadine, son égalité d’humeur, toujours souriante et positive, son incroyable énergie au travail comme pour ses footings quotidiens très matinaux, sa droiture et sa capacité à nouer des partenariats, j’ai pris beaucoup de plaisir à participer à la fête conviviale qui a accompagné la remise de l’insigne de chevalier de l’ordre de la légion d’honneur à Nadine Guillemot par Michel Dang, ancien directeur de Grenoble INP-Esisar. Toutes nos interventions, de Brigitte Plateau, administratrice générale de Grenoble INP (la première femme à ce poste, 116 ans après la création de l’Institut !), de Michel Dang, comme la mienne, ont salué la personnalité attachante et le parcours remarquable de Nadine. Avec une mention particulière pour Michel Dang qui l’a comparée à un oiseau en plein envol, avec une longueur d’avance, dans un éloge à la fois précis et poétique. J’ai aussi voulu rappeler le commentaire avisé que m’avaient fait deux représentants des étudiants en évoquant Nadine : « et en plus, elle est stylée ! ». Je le confirme et je confirme aussi la valeur d’exemplarité de tels parcours pour les jeunes filles qui hésiteraient, par manque de confiance en elles, à se lancer dans des carrières scientifiques ou d’ingénieur. Osez !