Le Blog de Geneviève Fioraso

Il y a trois ans, le Président de la République, François Hollande, a pris l’initiative d’organiser à Paris, avec ses ministres concernés, une conférence des Présidents des pays africains menacés par les terroristes de Daesh, Boko Haram ou autres factions. Cette conférence dite de « l’Elysée » a suscité une coopération entre ces pays pour lutter plus efficacement contre le terrorisme, avec l’aide de la France dans un premier temps, initiée par l’intervention au Mali il y a quatre ans menacé par Boko Haram, puis avec le soutien et la présence des forces européennes et de l’ONU sur le terrain des opérations.

Mais la France, comme l’a répété clairement le Ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian à la conférence de Dakar n’a pas vocation à rester militairement installée dans ces pays : l’objectif est bien de traiter les situations de crise dans un premier temps, puis, à une échéance de moyen terme, de former les armées régionales en menant des actions communes et surtout d’accompagner une stratégie commune entre les pays africains pour mieux se défendre contre un terrorisme qui ne connaît pas de frontières, très mobile et diffus sur ces grands territoires.

Suite à cette conférence de l’Elysée, l’initiative avait été lancée de l’organisation d’une conférence annuelle des pays africains pour la lutte contre le terrorisme et pour la paix. Le Sénégal, sous l’impulsion de son Président de la République, Macky Sall, s’est approprié cette initiative à laquelle ont participé cette année, pour la troisième édition, des dirigeants d’Etats africains de plus en plus nombreux (le Sénégal, les 5 pays de la bande Sahélo-saharienne, mais aussi d’autres pays d’Afrique de l’Ouest comme la Libye ou le Togo) ainsi que le secrétaire général adjoint de l’ONU et, pour la première fois, la Commission européenne représentée par sa 2ème vice-présidente, Federica Mogherini, en charge des affaires étrangères et de la politique de sécurité, qui a fait une intervention engagée et tout à fait remarquable, soulignant les devoirs militaires mais aussi civils de l’Europe vis-à-vis de l’aide aux populations les plus fragilisées d’Afrique, à savoir les femmes et les enfants.

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Fédérica Mogherini, Vice Présidente de la Commission européenne, Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité

Le Ministre de la Défense française, Jean-Yves Le Drian a insisté, très justement et avec l’assentiment de tous, sur la mise en place de démocraties stables dans tous les pays d’Afrique de l’Ouest, condition première au rétablissement de la paix, c’est ce qui a motivé l’intervention militaire française au Mali il y a 4 ans, ce qui a permis d’organiser ensuite des élections sur tout le territoire malien, à l’exception de quelques villes du Nord du pays, sous la menace des troupes de Boko Haram. De son côté, le Président sénégalais a insisté sur la responsabilité collective des gouvernements des pays d’Afrique de l’Ouest de combattre la radicalisation de l’islam, les trafics en tout genre, souvent connectés et de faire davantage la promotion d’un islam vecteur de paix et de tolérance. La lutte idéologique, à commencer par l’éducation des jeunes, est devenue, avec la stabilité des démocraties, la priorité de l’action engagée par ces pays, de plus en plus solidaire et offensifs face à la menace terroriste et sectaire.