Le Blog de Geneviève Fioraso

Le hasard du calendrier parlementaires a fait que j’ai été désignée pour deux missions en Afrique pendant cette période, la première pour rejoindre sur le terrain et évaluer l’opération militaire Barkhane avec la Présidente de la Commission de la Défense, au Burkina Faso, Niger et Mali pendant une semaine et la seconde à l’invitation du Ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian pour participer, avec 4 collègues députés et sénateurs, au Forum international de Dakar, au Sénégal, sur la paix et la sécurité en Afrique et les solutions efficientes à mettre en place.

Ces deux missions remettent nos démocraties et singulièrement la nôtre dans ces pays d’Afrique francophone, face à leurs responsabilités et aux vrais enjeux à affronter, bien loin des vaines querelles d’egos. Les tentatives de radicalisation des populations de ces pays par les terroristes de groupe Boko Haram ou de Daesh, qui masquent une volonté, qui n’a de religieuse que le nom, de prendre le pouvoir et imposer une dictature, sur fond de trafic associé de personnes, de drogues, d’armes et de pratiques de violence extrême vis-à-vis des populations.

Cette montée d’un islam intégriste, faux nez de trafics illicites, constitue un véritable danger pour l’Afrique mais aussi pour nos démocraties occidentales identifiées comme cibles par les groupes terroristes. Car l’objectif des terroristes est clair : éliminer tous ceux qui pensent différemment et instaurer une dictature faisant régresser les femmes au rôle d’objet, endoctrinant les enfants et prônant la violence et la terreur. Tout cela, on le sait, mais rencontrer les soldats qui se battent pour notre pays, pour la violence de la démocratie et des valeurs d’une république laïque, respectueuse de la diversité des cultures et des religions, pour peu qu’elles soient pacifiques, fait vraiment prendre conscience de la gravité des enjeux. L’engagement courageux des militaires dans un territoire six fois grand comme la France force le respect et commence à être rejoint et renforcé par des forces européennes et de l’ONU que notre pays a contribué à entraîner dans ce combat contre la barbarie.

Crédit : Ministère de la Défense

Pour des raisons de confidentialité-défense, je ne peux évoquer plus explicitement le détail de notre visite sur le terrain, en immersion avec les militaires, à Bamako et Gao au Mali, à Niamey au Niger, à Ouagadougou au Burkina Faso, mais je veux souligner quelques points qui m’ont vraiment marquée :

  • d’abord le courage et les valeurs défendues par les militaires, quel que soit leur âge, leur origine, leur grade (j’ai même rencontré l’intendant de la base de Niamey, originaire de Vizille et très populaire auprès des troupes à la qualité de sa cuisine, ce qui compte beaucoup pour le moral des troupes),
  • la qualité du management des hommes et des femmes (elles constituent de 10 à 15 % des effectifs), avec une vraie écoute et prise en compte des difficultés, des besoins de tous car la qualité de la sécurité est étroitement liée au bien-être des combattants,
  • la contribution au développement local: les installations médicales des bases militaires accueillent aussi une population démunie ne disposant pas d’un accès facile aux médecins, les militaires aident à installer des équipements efficaces pour la fourniture d’eau, la mise en place d’équipements d’énergie solaire en lien avec des entreprises françaises telles Vicat, très active au Sénégal et dont j’ai rencontré le directeur à Dakar,
  • la qualité de la formation des troupes africaines, financée et coordonnée par l’Union européenne avec beaucoup d’efficacité. La formation des militaires africains est un sujet essentiel car les 4 000 soldats français de l’opération Barkhane, les quelques forces allemandes, italiennes, belges, anglaises qui les ont rejoint, ainsi que la dizaine de milliers de militaires de l’ONU présents dans la Minusma au Mali et dans d’autres pays africains (12 000 en tout), n’ont pas vocation à rester en Afrique. L’objectif est de former le mieux et le plus rapidement possible les armées nationales africaines, en coordonnant leur action, comme c’est le cas autour du G5 (regroupement stratégique et opérationnel des chefs d’Etat et d’état-major des armées du Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad et Mauritanie), regroupement qui pourrait s’élargir à d’autres pays présents à la conférence de Dakar, comme le Sénégal ou le Togo, pour les rendre autonomes et victorieux dans la bataille contre le terrorisme.