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"Comment concilier écologie, économie, villes" : les réponses de Geneviève Fioraso sur la tribune.fr
Retrouvez dans cet article le compte-rendu complet du tchat intervenu ce mercredi 9 juin avec Geneviève Fioraso, députée de l'Isère, adjointe au Maire de Grenoble chargée de l'Economie, de l'Emploi, de l'Université et de la Recherche, sur le thème : "comment concilier écologie, économie, villes ?"
Pour rappel, Geneviève Fioraso est députée de l'Isère, adjointe au Maire de Grenoble chargée de l'Economie, de l'Emploi, de l'Université et de la Recherche et 1ère vice-présidente de Grenoble Alpes Métropole chargée du Développement économique, également présidente de la SEM Minatec Entreprises et présidente de l'Institut d'Administration des Entreprises de l'Université Pierre Mendès France. Elle a été aussi responsable marketing chez France Télécom (2000-2004), directrice de l'Agence Rhône-Alpes Numérique (1999-2000), directrice de Cabinet de Michel Destot, Maire de Grenoble (1995-1999), membre de l'équipe de direction de Corys, start-up issue du CEA (1989-1995) et responsable d'une association d'insertion professionnelle et enseignante. Bonjour et bienvenue sur le "tchat". Aujourd'hui nous avons le plaisir d'accueillir Geneviève Fioraso, député de l'Isère, qui répondra à toutes vos questions. Bonjour à toutes et à tous. Je suis très contente de parler développement urbain, économique et social dans un esprit durable aujourd'hui. Merci de vos questions. Je vais faire de mon mieux pour y répondre. On y va... Julie : Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de projets mis en oeuvre par la ville de Grenoble qui concilient développement écologique, économique, et social ? A Grenoble, nous sommes dans une géographie très contrainte, entourée de montagnes, avec des activités économiques en pleine expansion et peu de place pour construire les logements pour les salariés. Cela nous oblige à reconstruire la ville sur la ville, à aménager des friches militaires ou industrielles dans un esprit de développement durable. Concrètement, récemment, on a aménagé 2 nouveaux quartiers, la Caserne de Bonne et Bouchayer Viallet d'une façon très intégrée et en soignant la qualité et l'ambiance : on trouve dans ces nouveaux quartiers des logements pour tous, avec 35 % de logements sociaux, des logements étudiants, de l'accession à la propriété, des activités culturelles diverses, une salle de musiques amplifiées par exemple, des crèches et hatlte garderies associatives et municipales, une salle d'escalade et des activités économiques non polluantes et diverses ( pépinières d'entreprises innovantes, tertiaire, associations...). On privilégie les expérimentations avec du solaire photovoltaïque, l'aménagement d'espaces publics et privatifs pour que la densité urbaine soit bien vécue. De plus, ces 2 quartiers sont desservis par le tram, très fréquenté à Grenoble. Bref, on essaie de créer des vrais quartiers de vie, en rupture totale avec les ghettos économiques, sociaux, culturels des années 60-70. Et on soigne l'esthétique et l'architecture... Nicolas : Comment les pouvoirs publics peuvent encourager les entreprises à aller dans le sens de l'écologie ? Nous avons lancé, avec les autorités de transport public de l'agglomération, des plans de déplacement d'entreprises : à titre d'exemple, sur le pôle technologique de la Presqu'île scientifique où travaillent 13 000 personnes dans la recherche, les entreprises, l'enseignement supérieur, on est passé en 5 ans de 75 à 40 % de déplacements domicile-travail en voiture. Les entreprises et organismes de recherche ont mis à disposition de leurs salariés des vélos, des abonnements à un système d'auto partage pour favoriser le co-voiturage, même des rollers et le trajet en bus ou en tram domicile - travail est pris en charge pour le salarié. Les entreprises ont des salariés plus détendus que s'ils passaient du temps dans les bouchons. Et puis, à Grenoble, on a beaucoup d'entreprises concernées par les technologies vertes : Schneider Electric pour l'efficacité énergétique, Atos origin pour les compteurs électriques intelligents qui mesurent et modulent votre consommation, Sogréah et H3C pour l'ingénierie thermique, l'eau, l'impact environnemental, STMicroelectronics pour les composants électroniques plus petits, plus puissants et moins consommateurs d'énergie, Bull pour les biocenters qui sont plus sobres en énergie, le photovoltaïque aussi, le véhicule électrique et les batteries propres dans nos labos. Finalement, c'est un intérêt croisé des collectivités et des entreprises de réaliser concrètement des démonstrateurs qui ensuite font la preuve du concept et peuvent développer des activités économiques. C'est gagnant-gagnant. Je précise que nous sommes la seule agglo française qui a fait baisser la part modale du véhicule individuel au cours de ces dernières années et ST a reçu le prix européen du meilleur plan de déplacement d'entreprises. Tout n'est pas parfait mais on fait le maximum ensemble. Laurent : Peut-on imaginer inclure dans les projets Presqu’ïle, de Bonne, ou Bouchayer des sites pilotes de nouveau lieu intermédiaire innovant attractif social et solidaire pour les e-Activités et le télétravail ? Oui, on a déjà amorcé ces nouvelles pratiques de travail avec les pépinières d'activités innovantes et les pépinières d'économie sociale et solidaire que l'on a installées sur Bouchayer Viallet, dans un autre quartier du Sud de la ville, à Villeneuve et Mistral-Eaux Claires. Ce sont des plates formes avec des services mutualisés et un accompagnement à la croissance par des associations compétentes que les collectivités financent pour partie. On peut très bien imaginer le développement du télétravail : des expériences ont été menées sur le plateau du Vercors, tout proche. Cela permet d'éviter que tout le monde se déplace en même temps. Il faut faire attention de mon point de vue à trouver un équilibre entre autonomie et flexibilité dans le travail et cohésion d'une équipe à l'intérieur d'une entreprise ou d'un organisme de recherche : il ne faudrait pas casser la cohésion sociale et la dynamique permise par les échanges en isolant trop les individus. Donc tout à fait partante pour développer le télé travail, c'est une très bonne idée, mais en gardant la notion d'échanges, d'équipe et de collectif. robin : Est ce que ces projets locaux pilotes peuvent etre généralisés dans une logique nationale de croissance verte? Oui, je crois que le développement durable s'impose maintenant dans tous nos projets, dans toutes ses dimensions : prise en compte de l'impact environnemental et sobriété dans la consommation d'énergie et de ressources, développement économique, préoccupations sociales et démocratie locale/dialogue et initiatives des habitants. C'est bon à la fois pour l'économie et la démocratie. Ces projets pilotes doivent prendre en compte ces 4 axes, tout en ayant, de mon point de vue, des qualités d'adaptation, de flexibilité, dans un esprit de projet. C'est cette mobilité, cette créativité (pouvoir pousser les murs quand c'est nécessaire, donc avoir des espaces modulables, rien de figé) qu'il faut privilégier ainsi que la mixité des cultures et des générations : encore une fois, pas de ghettos. Au niveau national, c'est un autre problème : on parle beaucoup de croissance verte, on estime la niche d'emplois à 600 000 mais on attend toujours que l'on structure la filière bois, du bucheronnage jusqu'à la bio masse et les éco matériaux (on a pourtant la 1ère forêt d'Europe) ou que l'on pénalise l'importation de panneaux photovoltaïques chinois dont on ne compte pas le coût carbone. Donc, en attendant une stratégie nationale et européenne un peu plus volontariste, nous prenons des initiatives locales : par exemple, 2 centrales à bois à Grenoble gérées par la Compagnie de chauffage intercommunale qui économisent chaque année 35 000 tonnes d'émission de gaz à effet de serre et on a pris des parts dans une scierie pour avoir du bois régional, on a labellisé le bois de Chartreuse pour l'éco construction et on participe ainsi par l'aval à la structuration des filières. Toutes les initiatives comme celle que vous proposez sont donc les bienvenues. Continuez à proposer... Anne Véron : Alors oublions le mot de télétravail et parlons d'activité et de création de valeur car il s'agit bien de mutualiser et combiner dans ces lieux les moyens et compétences de ces acteurs qui font la force de Grenoble et sa région comme le font déjà les pôles de compétitivité ! C'est exactement ça. Je n'ai rien à ajouter, Anne. Vous définissez exactement l'esprit de projet, de créativité et d'innovation qui font la force de Grenoble (au sens large, ville, agglo, région urbaine) quand nous sommes au meilleur de notre forme et ouverts au monde. Le caractère international de Grenoble y contribue sûrement beaucoup, mais ce n'est jamais acquis : c'est comme la montagne, c'est une conquête permanente... Julien : Pourquoi est-ce que la France est autant en retard dans le développement de la filière photovoltaïque ? La France a démarré tard, sûrement à cause de notre spécificité historique dans le secteur de l'énergie qui fait que 93 % de notre électricité est produite par le nucléaire et l'hydraulique. Cela n'a pas que des inconvénients d'ailleurs puisque cela nous place en tête des pays européens pour l'émission de gaz à effet de serre (celui qui en émet le moins, je précise...). Mais, du coup, notre bouquet énergétique a mis longtemps à se diversifier et on est parti plus tard que l'Allemagne par exemple. Aujourd'hui, notre recherche est très performante, un pôle énergie va d'ailleurs se développer sur la Presqu'île scientifique autour du laboratoire des énergies nouvelles du CEA de Grenoble, d'Inès, l'institut solaire de Savoie Technolac et Grenoble INP avec bien d'autres labos, toutes nos entreprises sont sur les starting blocks et nous avons en Isère Photowatt, une entreprise qui fabrique des panneaux photovoltaïques de grande qualité et a des partenariats avec ces labos. Le consommateur qui installe du photovoltaïque (les collectivités ont donné l'exemple avec des opérations public-privé comme à Bouchayer Viallet, avec l'immeuble urbiparc réalisé par l'architecte Jacques Ferrier, on a d'ailleurs gagné un label national pour la ville la plus équipée ne photovoltaïque) voit son électricité rachetée par ErDF à un tarif très incitatif. Le problème, c'est la filière industrielle : tant qu'on ne prendra pas en compte le coût carbone et social (conditions de fabrication;..) des panneaux photovoltaïques qui sont fabriqués très loin et qui coûtent deux fois moins chers que ceux fabriqués en France, on aura beaucoup de mal. Alors, des recherches sont faites entre labos et entreprises pour développer une nouvelle génération de panneaux, plus évolutifs, facilement maintenables et avec un rendement plus important (aujourd'hui le rendement max est de 15 % et on vise à terme d'atteindre les 50 % en passant par des étapes intermédiaires) mais une réglementation européenne intégrant les coûts carbone nous aiderait bien à développer une vraie filière. On a vraiment toutes les compétences pour ça. En tout cas, à Grenoble, on ne pose que des panneaux de technologie française car ils sont plus évolutifs et modulables. rabah : Les problèmes d'emploi dans les quartiers "sensibles" sont tellement importants que, souvent, le respect de l'environnement est un sujet mis de côté. Que proposez-vous pour tout concilier ? Les quartiers ne doivent pas rester en marge de cette problématique ! C'est une excellente remarque, Rabah. Pour que la préoccupation de l'environnement ne soit pas considérée comme un luxe ou réservée aux "bobos", il faut qu'elle intègre la question sociale. C'est souvent lié d'ailleurs. Les pays dans le monde qui sont le plus touchés par le réchauffement climatiques et les désastres écologiques sont souvent les plus pauvres ou, en tout cas, ce sont les populations les plus pauvres qui sont le plus touchées. Alors, dans les quartiers, dans le secteur de l'habitat, avec les bailleurs sociaux et privés, on expérimente encore plus qu'ailleurs les éco matériaux, les espaces privatifs (patios, balcons) et publics de qualité, les chauffe-eaux solaires, les puits canadiens, la géothermie, le photovoltaïque. Je vous invite à aller voir le quartier Teisseire en fin de réhabilitation. Tous ces aménagements ont un impact sur les charges et sur une moindre consommation d'énergie, donc il y a un intérêt économique pour les habitants de ces quartiers qui subissent davantage que d'autres les effets de la crise sur leur pouvoir d'achat. Et puis on multiplie les initiatives concrètes etpartenariales pour l'insertion professionnelle des jeunes (parfois jusqu'à 40 % de jeunes au chômage dans les quarties en politique de la ville... un vrai gâchis), des femmes chefs de famille monoparentales et les demandeurs d'emploi longue durée. On implique les entreprises dans ces actions ainsi que tous les réseaux publics et associatifs d'accompagnement à la création d'activités, à la formation... le développement durable, c'est aussi ça. Merci de l'avoir rappelé, Rabah habitant : J'habite Grenoble et ne suis pas convaincu que notre ville soit exemplaire en matière de mariage de développement économique et écologique. Qu'est-ce qui vous le fait dire ? Comment l'améliorer ? Notre ville a un espace très contraint par sa géographie et elle est historiquement une ville industrielle : la chimie, l'électromécanique, la microélectronique se développent industriellement aux portes de la ville et même dans la ville. Il y a un dynamisme économique qui nous place encore en dessous de la moyenne nationale du chômage, mais ce n'est jamais gagné et je considère qu'il faut continuer à développer l'emploi, y compris industriel, car c'est la première des solidarités. Mais il faut le développer autrement. Si on prend l'exemple de la chimie, tout un travail d'évolution de la chimie actuelle vers la chimie environnementale, la chimie verte est en cours : sécurisation accrue des procédés de fabrication, utilisation de matières premières plus naturelles (papier, bois, carton...) et moins d'utilisation de solvants, empreinte environnementale réduite pour les produits finaux. C'est en pleine évolution. De même, à part pour des activités industrielles de type chimie, logistique, qui doivent être isolée, on développe de plus en plus des quartiers intégrés, avec toutes les fonctions de la vie (loisirs, travail, déplacements en TC ou en mode doux, activités, logements mixtes, services aux familles, sports...). Notre agglomération avec sa forte densité (la troisième de France après Paris et Boulogne Billancourt), son développement est condamnée, et c'est tant mieux, cela nous oblige à être créatifs, à réussir cette évolution du développement. Il faut en finir avec l'étalement urbain, avec les ghettos sociaux et les zones de mono activités. Mais la volonté des collectivités ne suffit pas : il faut aussi faire évoluer les usages, prendre de nouvelles habitudes, c'est forcément long mais il faut quand même se bouger. Alors ce n'est peut être pas assez rapide pour vous et je peux le comprendre... Merci Geneviève Fioraso, le mot de la fin ? Merci pour toutes ces questions pointues et complexes qui montrent bien l'intérêt que nous partageons pour un développement équilibré de nos villes. Ce sont des sujets passionnants, dans lesquels les collectivités, tant qu'elles en ont les moyens, se mobilisent. Il faut être à la fois ambitieux dans les objectifs et modestes dans l'expérimentation, ne pas hésiter à essayer, évaluer, corriger les initiatives. Etre créatifs ensemble, comme on a essayé de le faire pendant une heure. J'en retiens quelques idées, merci à toutes et à tous et à bientôt sur le terrain... latribune.fr
Geneviève Fioraso, députée de l’Isère, 1ère vice-présidente de la communauté d’agglomération de Grenoble et Adjointe au maire de Grenoble à l'économie, à la recherche et à l'innovation, est l'invitée du site internet LaTribune.fr pour un Tchat en direct avec les internautes, le mercredi 9 juin, de 11h30 à 12h30, sur le thème : « comment concilier écologie, développement économique et développement urbain ?».
Ce rendez-vous sera l'occasion, pour Geneviève Fioraso, d'évoquer : - son engagement et actualité parlementaire, avec notamment les débats autour du "Grenelle 2", l'examen en cours du projet de loi sur la Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité (dite Loi NOME) ou son rapport remis début 2010 dans le cadre de l'examen budgétaire, sur le thème "écologie, développement et aménagement durables", - les grands projets urbains engagés au niveau de l'agglomération grenobloise visant à faire de Grenoble une ville durable, solidaire mais aussi attractive et innovante, à l'instar du projet d'écocité Grenoble Presqu'île, un des trois plus importants partenariats public-privé en France, avec plus de 1,3 milliards d'investissements sur 15 ans. Rendez-vous sur LaTribune.fr, le mercredi 9 juin entre 11h30 et 12h30 Pour poser vos questions et pour accéder au tchat, cliquez ici
Le Député du Jour est Geneviève Fioraso, députée PS de l’Isère (13 avril 2010)
Loin de l’hémicycle et des débats en séance, les députés délaissent les grands discours dans ce tête-à-tête conduit par Nathalie Cuman. Le temps de cette séquence très intimiste, les parlementaires se racontent sur le ton de la confidence. On découvre alors derrière le personnage politique, l’homme, son histoire, ses aspirations, son engagement et ses convictions profondes. www.lcpan.fr
Grenoble : objectif 2010
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La députée



