Lu dans la presse
Retrouvez dans cet article le compte-rendu complet du tchat intervenu ce mercredi 9 juin avec Geneviève Fioraso, députée de l'Isère, adjointe au Maire de Grenoble chargée de l'Economie, de l'Emploi, de l'Université et de la Recherche, sur le thème : "comment concilier écologie, économie, villes ?"

Pour rappel, Geneviève Fioraso est députée de l'Isère, adjointe au Maire de Grenoble chargée de l'Economie, de l'Emploi, de l'Université et de la Recherche et 1ère vice-présidente de Grenoble Alpes Métropole chargée du Développement économique, également présidente de la SEM Minatec Entreprises et présidente de l'Institut d'Administration des Entreprises de l'Université Pierre Mendès France. Elle a été aussi responsable marketing chez France Télécom (2000-2004), directrice de l'Agence Rhône-Alpes Numérique (1999-2000), directrice de Cabinet de Michel Destot, Maire de Grenoble (1995-1999), membre de l'équipe de direction de Corys, start-up issue du CEA (1989-1995) et responsable d'une association d'insertion professionnelle et enseignante.

Bonjour et bienvenue sur le "tchat". Aujourd'hui nous avons le plaisir d'accueillir Geneviève Fioraso, député de l'Isère, qui répondra à toutes vos questions.


Bonjour à toutes et à tous. Je suis très contente de parler développement urbain, économique et social dans un esprit durable aujourd'hui. Merci de vos questions. Je vais faire de mon mieux pour y répondre. On y va...

Julie : Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de projets mis en oeuvre par la ville de Grenoble qui concilient développement écologique, économique, et social ?
A Grenoble, nous sommes dans une géographie très contrainte, entourée de montagnes, avec des activités économiques en pleine expansion et peu de place pour construire les logements pour les salariés. Cela nous oblige à reconstruire la ville sur la ville, à aménager des friches militaires ou industrielles dans un esprit de développement durable. Concrètement, récemment, on a aménagé 2 nouveaux quartiers, la Caserne de Bonne et Bouchayer Viallet d'une façon très intégrée et en soignant la qualité et l'ambiance : on trouve dans ces nouveaux quartiers des logements pour tous, avec 35 % de logements sociaux, des logements étudiants, de l'accession à la propriété, des activités culturelles diverses, une salle de musiques amplifiées par exemple, des crèches et hatlte garderies associatives et municipales, une salle d'escalade et des activités économiques non polluantes et diverses ( pépinières d'entreprises innovantes, tertiaire, associations...). On privilégie les expérimentations avec du solaire photovoltaïque, l'aménagement d'espaces publics et privatifs pour que la densité urbaine soit bien vécue. De plus, ces 2 quartiers sont desservis par le tram, très fréquenté à Grenoble. Bref, on essaie de créer des vrais quartiers de vie, en rupture totale avec les ghettos économiques, sociaux, culturels des années 60-70. Et on soigne l'esthétique et l'architecture...

Nicolas : Comment les pouvoirs publics peuvent encourager les entreprises à aller dans le sens de l'écologie ?
Nous avons lancé, avec les autorités de transport public de l'agglomération, des plans de déplacement d'entreprises : à titre d'exemple, sur le pôle technologique de la Presqu'île scientifique où travaillent 13 000 personnes dans la recherche, les entreprises, l'enseignement supérieur, on est passé en 5 ans de 75 à 40 % de déplacements domicile-travail en voiture. Les entreprises et organismes de recherche ont mis à disposition de leurs salariés des vélos, des abonnements à un système d'auto partage pour favoriser le co-voiturage, même des rollers et le trajet en bus ou en tram domicile - travail est pris en charge pour le salarié. Les entreprises ont des salariés plus détendus que s'ils passaient du temps dans les bouchons. Et puis, à Grenoble, on a beaucoup d'entreprises concernées par les technologies vertes : Schneider Electric pour l'efficacité énergétique, Atos origin pour les compteurs électriques intelligents qui mesurent et modulent votre consommation, Sogréah et H3C pour l'ingénierie thermique, l'eau, l'impact environnemental, STMicroelectronics pour les composants électroniques plus petits, plus puissants et moins consommateurs d'énergie, Bull pour les biocenters qui sont plus sobres en énergie, le photovoltaïque aussi, le véhicule électrique et les batteries propres dans nos labos. Finalement, c'est un intérêt croisé des collectivités et des entreprises de réaliser concrètement des démonstrateurs qui ensuite font la preuve du concept et peuvent développer des activités économiques. C'est gagnant-gagnant. Je précise que nous sommes la seule agglo française qui a fait baisser la part modale du véhicule individuel au cours de ces dernières années et ST a reçu le prix européen du meilleur plan de déplacement d'entreprises. Tout n'est pas parfait mais on fait le maximum ensemble.

Laurent : Peut-on imaginer inclure dans les projets Presqu’ïle, de Bonne, ou Bouchayer des sites pilotes de nouveau lieu intermédiaire innovant attractif social et solidaire pour les e-Activités et le télétravail ?
Oui, on a déjà amorcé ces nouvelles pratiques de travail avec les pépinières d'activités innovantes et les pépinières d'économie sociale et solidaire que l'on a installées sur Bouchayer Viallet, dans un autre quartier du Sud de la ville, à Villeneuve et Mistral-Eaux Claires. Ce sont des plates formes avec des services mutualisés et un accompagnement à la croissance par des associations compétentes que les collectivités financent pour partie. On peut très bien imaginer le développement du télétravail : des expériences ont été menées sur le plateau du Vercors, tout proche. Cela permet d'éviter que tout le monde se déplace en même temps. Il faut faire attention de mon point de vue à trouver un équilibre entre autonomie et flexibilité dans le travail et cohésion d'une équipe à l'intérieur d'une entreprise ou d'un organisme de recherche : il ne faudrait pas casser la cohésion sociale et la dynamique permise par les échanges en isolant trop les individus. Donc tout à fait partante pour développer le télé travail, c'est une très bonne idée, mais en gardant la notion d'échanges, d'équipe et de collectif.

robin : Est ce que ces projets locaux pilotes peuvent etre généralisés dans une logique nationale de croissance verte?

Oui, je crois que le développement durable s'impose maintenant dans tous nos projets, dans toutes ses dimensions : prise en compte de l'impact environnemental et sobriété dans la consommation d'énergie et de ressources, développement économique, préoccupations sociales et démocratie locale/dialogue et initiatives des habitants. C'est bon à la fois pour l'économie et la démocratie. Ces projets pilotes doivent prendre en compte ces 4 axes, tout en ayant, de mon point de vue, des qualités d'adaptation, de flexibilité, dans un esprit de projet. C'est cette mobilité, cette créativité (pouvoir pousser les murs quand c'est nécessaire, donc avoir des espaces modulables, rien de figé) qu'il faut privilégier ainsi que la mixité des cultures et des générations : encore une fois, pas de ghettos. Au niveau national, c'est un autre problème : on parle beaucoup de croissance verte, on estime la niche d'emplois à 600 000 mais on attend toujours que l'on structure la filière bois, du bucheronnage jusqu'à la bio masse et les éco matériaux (on a pourtant la 1ère forêt d'Europe) ou que l'on pénalise l'importation de panneaux photovoltaïques chinois dont on ne compte pas le coût carbone. Donc, en attendant une stratégie nationale et européenne un peu plus volontariste, nous prenons des initiatives locales : par exemple, 2 centrales à bois à Grenoble gérées par la Compagnie de chauffage intercommunale qui économisent chaque année 35 000 tonnes d'émission de gaz à effet de serre et on a pris des parts dans une scierie pour avoir du bois régional, on a labellisé le bois de Chartreuse pour l'éco construction et on participe ainsi par l'aval à la structuration des filières. Toutes les initiatives comme celle que vous proposez sont donc les bienvenues. Continuez à proposer...
Anne Véron : Alors oublions le mot de télétravail et parlons d'activité et de création de valeur car il s'agit bien de mutualiser et combiner dans ces lieux les moyens et compétences de ces acteurs qui font la force de Grenoble et sa région comme le font déjà les pôles de compétitivité !
C'est exactement ça. Je n'ai rien à ajouter, Anne. Vous définissez exactement l'esprit de projet, de créativité et d'innovation qui font la force de Grenoble (au sens large, ville, agglo, région urbaine) quand nous sommes au meilleur de notre forme et ouverts au monde. Le caractère international de Grenoble y contribue sûrement beaucoup, mais ce n'est jamais acquis : c'est comme la montagne, c'est une conquête permanente...

Julien : Pourquoi est-ce que la France est autant en retard dans le développement de la filière photovoltaïque ?

La France a démarré tard, sûrement à cause de notre spécificité historique dans le secteur de l'énergie qui fait que 93 % de notre électricité est produite par le nucléaire et l'hydraulique. Cela n'a pas que des inconvénients d'ailleurs puisque cela nous place en tête des pays européens pour l'émission de gaz à effet de serre (celui qui en émet le moins, je précise...). Mais, du coup, notre bouquet énergétique a mis longtemps à se diversifier et on est parti plus tard que l'Allemagne par exemple. Aujourd'hui, notre recherche est très performante, un pôle énergie va d'ailleurs se développer sur la Presqu'île scientifique autour du laboratoire des énergies nouvelles du CEA de Grenoble, d'Inès, l'institut solaire de Savoie Technolac et Grenoble INP avec bien d'autres labos, toutes nos entreprises sont sur les starting blocks et nous avons en Isère Photowatt, une entreprise qui fabrique des panneaux photovoltaïques de grande qualité et a des partenariats avec ces labos. Le consommateur qui installe du photovoltaïque (les collectivités ont donné l'exemple avec des opérations public-privé comme à Bouchayer Viallet, avec l'immeuble urbiparc réalisé par l'architecte Jacques Ferrier, on a d'ailleurs gagné un label national pour la ville la plus équipée ne photovoltaïque) voit son électricité rachetée par ErDF à un tarif très incitatif. Le problème, c'est la filière industrielle : tant qu'on ne prendra pas en compte le coût carbone et social (conditions de fabrication;..) des panneaux photovoltaïques qui sont fabriqués très loin et qui coûtent deux fois moins chers que ceux fabriqués en France, on aura beaucoup de mal. Alors, des recherches sont faites entre labos et entreprises pour développer une nouvelle génération de panneaux, plus évolutifs, facilement maintenables et avec un rendement plus important (aujourd'hui le rendement max est de 15 % et on vise à terme d'atteindre les 50 % en passant par des étapes intermédiaires) mais une réglementation européenne intégrant les coûts carbone nous aiderait bien à développer une vraie filière. On a vraiment toutes les compétences pour ça. En tout cas, à Grenoble, on ne pose que des panneaux de technologie française car ils sont plus évolutifs et modulables.

rabah : Les problèmes d'emploi dans les quartiers "sensibles" sont tellement importants que, souvent, le respect de l'environnement est un sujet mis de côté. Que proposez-vous pour tout concilier ? Les quartiers ne doivent pas rester en marge de cette problématique !

C'est une excellente remarque, Rabah. Pour que la préoccupation de l'environnement ne soit pas considérée comme un luxe ou réservée aux "bobos", il faut qu'elle intègre la question sociale. C'est souvent lié d'ailleurs. Les pays dans le monde qui sont le plus touchés par le réchauffement climatiques et les désastres écologiques sont souvent les plus pauvres ou, en tout cas, ce sont les populations les plus pauvres qui sont le plus touchées. Alors, dans les quartiers, dans le secteur de l'habitat, avec les bailleurs sociaux et privés, on expérimente encore plus qu'ailleurs les éco matériaux, les espaces privatifs (patios, balcons) et publics de qualité, les chauffe-eaux solaires, les puits canadiens, la géothermie, le photovoltaïque. Je vous invite à aller voir le quartier Teisseire en fin de réhabilitation. Tous ces aménagements ont un impact sur les charges et sur une moindre consommation d'énergie, donc il y a un intérêt économique pour les habitants de ces quartiers qui subissent davantage que d'autres les effets de la crise sur leur pouvoir d'achat. Et puis on multiplie les initiatives concrètes etpartenariales pour l'insertion professionnelle des jeunes (parfois jusqu'à 40 % de jeunes au chômage dans les quarties en politique de la ville... un vrai gâchis), des femmes chefs de famille monoparentales et les demandeurs d'emploi longue durée. On implique les entreprises dans ces actions ainsi que tous les réseaux publics et associatifs d'accompagnement à la création d'activités, à la formation... le développement durable, c'est aussi ça. Merci de l'avoir rappelé, Rabah

habitant : J'habite Grenoble et ne suis pas convaincu que notre ville soit exemplaire en matière de mariage de développement économique et écologique. Qu'est-ce qui vous le fait dire ? Comment l'améliorer ?
Notre ville a un espace très contraint par sa géographie et elle est historiquement une ville industrielle : la chimie, l'électromécanique, la microélectronique se développent industriellement aux portes de la ville et même dans la ville. Il y a un dynamisme économique qui nous place encore en dessous de la moyenne nationale du chômage, mais ce n'est jamais gagné et je considère qu'il faut continuer à développer l'emploi, y compris industriel, car c'est la première des solidarités. Mais il faut le développer autrement. Si on prend l'exemple de la chimie, tout un travail d'évolution de la chimie actuelle vers la chimie environnementale, la chimie verte est en cours : sécurisation accrue des procédés de fabrication, utilisation de matières premières plus naturelles (papier, bois, carton...) et moins d'utilisation de solvants, empreinte environnementale réduite pour les produits finaux. C'est en pleine évolution. De même, à part pour des activités industrielles de type chimie, logistique, qui doivent être isolée, on développe de plus en plus des quartiers intégrés, avec toutes les fonctions de la vie (loisirs, travail, déplacements en TC ou en mode doux, activités, logements mixtes, services aux familles, sports...). Notre agglomération avec sa forte densité (la troisième de France après Paris et Boulogne Billancourt), son développement est condamnée, et c'est tant mieux, cela nous oblige à être créatifs, à réussir cette évolution du développement. Il faut en finir avec l'étalement urbain, avec les ghettos sociaux et les zones de mono activités. Mais la volonté des collectivités ne suffit pas : il faut aussi faire évoluer les usages, prendre de nouvelles habitudes, c'est forcément long mais il faut quand même se bouger. Alors ce n'est peut être pas assez rapide pour vous et je peux le comprendre...

Merci Geneviève Fioraso, le mot de la fin ?
Merci pour toutes ces questions pointues et complexes qui montrent bien l'intérêt que nous partageons pour un développement équilibré de nos villes. Ce sont des sujets passionnants, dans lesquels les collectivités, tant qu'elles en ont les moyens, se mobilisent. Il faut être à la fois ambitieux dans les objectifs et modestes dans l'expérimentation, ne pas hésiter à essayer, évaluer, corriger les initiatives. Etre créatifs ensemble, comme on a essayé de le faire pendant une heure. J'en retiens quelques idées, merci à toutes et à tous et à bientôt sur le terrain...

latribune.fr

Geneviève Fioraso invitée de LaTribune.fr pour un tchat en direct mercredi 9 juin à 11h30
Geneviève Fioraso, députée de l’Isère, 1ère vice-présidente de la communauté d’agglomération de Grenoble et Adjointe au maire de Grenoble à l'économie, à la recherche et à l'innovation, est l'invitée du site internet LaTribune.fr pour un Tchat en direct avec les internautes, le mercredi 9 juin, de 11h30 à 12h30, sur le thème : « comment concilier écologie, développement économique et développement urbain ?».

Ce rendez-vous sera l'occasion, pour Geneviève Fioraso, d'évoquer :
- son engagement et actualité parlementaire, avec notamment les débats autour du "Grenelle 2", l'examen en cours du projet de loi sur la Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité (dite Loi NOME) ou son rapport remis début 2010 dans le cadre de l'examen budgétaire, sur le thème "écologie, développement et aménagement durables",

- les grands projets urbains engagés au niveau de l'agglomération grenobloise visant à faire de Grenoble une ville durable, solidaire mais aussi attractive et innovante, à l'instar du projet d'écocité Grenoble Presqu'île, un des trois plus importants partenariats public-privé en France, avec plus de 1,3 milliards d'investissements sur 15 ans.

Rendez-vous sur LaTribune.fr, le mercredi 9 juin entre 11h30 et 12h30

Pour poser vos questions et pour accéder au tchat, cliquez ici


Le Député du Jour est Geneviève Fioraso, députée PS de l’Isère (13 avril 2010)
Loin de l’hémicycle et des débats en séance, les députés délaissent les grands discours dans ce tête-à-tête conduit par Nathalie Cuman.
Le temps de cette séquence très intimiste, les parlementaires se racontent sur le ton de la confidence.
On découvre alors derrière le personnage politique, l’homme, son histoire, ses aspirations, son engagement et ses convictions profondes.

www.lcpan.fr

Grenoble : objectif 2010
"L'année qui vient de débuter va compter pour la Ville de Grenoble, avec le lancement
ou la poursuite de plusieurs grands projets qui pourraient modifier considérablement le visage de la capitale des Alpes. Le maire Michel Destot et plusieurs de ses adjoints reviennent sur les grands axes qui guideront l'action municipale en 2010."


Les Affiches de Grenoble et du Dauphiné - 15 janvier 2010
Page 3 :
" La zac Bouchayet-Viallet, la presqu'île scientifique, le plan campus... Des dossiers suivis et conduits par Genevieve Fioraso, adjointe a la Ville de Grenoble chargée de l'économie, l'emploi, l'université et la recherche."

Cliquez ici pour lire l'article

Emission  LA VOIX EST LIBRE - RHÔNE-ALPES France 3 - Samedi 9 janvier
Geneviève Fioraso a été l'invitée de Christian Deville pour l'émission la Voix est libre Samedi 9 janvier 2010 à 11h30 pour parler de son mandat de députée.

Cliquez ici pour regarder l'émission de France 3.

Émission du Samedi 9 janvier 2010.


Geneviève Fioraso sur France 3 Samedi 9 janvier à 11h30 en direct
Geneviève Fioraso participera à l'émission-débat "la voix est libre" en direct samedi 9 janvier sur France 3 à 11h30. L'émission sera animée par Christian Deville.


À 55 ans, Geneviève Fioraso a changé de métier environ tous les cinq ans.
À 55 ans, Geneviève Fioraso a changé de métier environ tous les cinq ans.
Rencontre - JDE Edition Isère 38 : "Geneviève Fioraso. La star de la mise en réseau"
octobre 2009


Adjointe à la Ville de Grenoble, 1ere vice-présidente de la Métro en charge de l'économie et P-dg de SEM Minatec entreprises, la députée de l'Isère est un maillon incontournable du milieu économique grenoblois. À 55 ans, Geneviève Fioraso fait sauter les cloisons pour favoriser les coopérations fructueuses.

Geneviève Fioraso est un maillon fort du microsystème économique grenoblois. Celui qui arrive à faire travailler ensemble industriels, chercheurs et universitaires. «Mon boulot est de favoriser les coopérations, explique-t-elle. Le but est que 1+1 +1 fasse au final beaucoup plus que 3.» Avec sa démarche pragmatique, la députée de l'Isère est de tous les projets d'envergure de l'agglomération, dont Giant, un projet de 1,5 Md€ sur 15ans avec 14 maîtrises d'ouvrages différentes. Adjointe à l'économie à la Ville de Grenoble, 1ere vice-présidente de la Métro en charge du développement économique, P-dg de SEM Minatec entreprises, députée PS de l'Isère, qui participe à plusieurs commissions à l'Assemblée nationale, Geneviève Fioraso fait sauter les cloisons, à l'image de son parcours professionnel mais aussi de sa famille.

Des milieux sociaux opposés
«Mes parents étaient tous les deux Normaliens mais venaient de milieux sociaux complètement opposés, confie-t-elle. Ma mère était plutôt une aristocrate de Province désargentée, tandis que mon père venait du quart-monde paysan. J'ai donc toujours été en contact avec des mondes sociaux très différents, l'un où l'on se vouvoie entre époux et l'autre où l'on parle patois.» D'où sa forte conviction envers le modèle républicain. Et d'où son appartenance à la famille politique de gauche. «Je refuse que l'avenir de chacun soit pré-déterminé par son milieu social d'origine.» Fille de prof devenue prof, elle a eu «envie de prendre l'air» quand elle démissionne de l'Éducation nationale en 1978. Dotée d'une maîtrise d'anglais et d'économie, elle fait alors le choix de venir à Grenoble parce qu'elle y a de la famille et parce qu'elle trouve que c'est une ville ouverte à l'international où chacun amène sa pierre à l'édifice, qu'il soit boulanger, ingénieur,etc. «À Grenoble, on ne porte pas trop de jugement sur le pedigree des gens», note-t-elle. C'est d'ailleurs sans piston qu'elle intègre le service information de la mairie de Grenoble en 1979. «J'ai su qu'un poste se libérait par mon voisin du dessus qui travaillait dans ce service!» Et comme elle parle bien anglais, elle suit Hubert Dubedout, alors maire de Grenoble, sur des conférences internationales. En 1983, elle devient son assistante parlementaire. «J'ai beaucoup appris à ses côtés, se souvient-elle. J'ai appris à aimer la recherche. Comme il était ingénieur, il m'a aussi donné le goût des projets. Et il n'était pas non plus très à l'aise dans les clans. Il préférait le pragmatisme.»

La bougeotte

Elle l'a aussi vu perdre une élection. «Ce n'est pas le tout de faire plein de belles choses et d'être reconnu comme le meilleur maire de France, il faut aussi le communiquer et le faire partager, retient-elle. Ça, c'est mon côté un peu pédago.» C'est d'ailleurs en partie pour cette raison qu'elle a créé un blog, qui reçoit en moyenne 1.000visites par jour. «Il faut expliquer», répète-t-elle. Et c'est encore des cloisons qu'elle fait sauter quand elle intègre en 1989 l'équipe de direction de la start-up Corys émanée du CEA, où elle se charge des montages de projets de recherche européens. «J'étais la première personne extérieure embauchée, au milieu de physiciens. À un moment, ils m'appelaient Miss dollar, s'amuse-t-elle. C'est vrai. Ça ne sert à rien de chercher à faire le top du top si on ne le vend pas. Il faut coller à un cahier des charges et dégager de la marge pour réinvestir dans la R & D...» Une expérience qui lui plaît aussi beaucoup pour ses déplacements dans les pays de l'Est. «J'ai tissé un réseau européen qui me sert encore aujourd'hui. Et puis, ça m'a appris à me débrouiller, le "faut y aller".» En 1995, elle devient directrice de cabinet de Michel Destot, élu maire de Grenoble, puis adjointe à l'économie en 2001. P-dg de SEM Minatec entreprises depuis 2003, elle est l'une des chevilles ouvrières du pôle Minatec. À 55 ans, elle a changé de job environ tous les cinq ans. Geneviève Fioraso a la bougeotte.

«Je bosse tout le temps!»

Adjointe à l'économie à la Ville de Grenoble, 1ere vice-présidente de la Métro en charge du développement économique, P-dg de SEM Minatec entreprises et députée PS de l'Isère, Geneviève Fioraso est sur tous les gros projets de l'agglomération.
Pourquoi cumuler autant de fonctions?
Il y a des liens entre mes fonctions. Les objectifs sont toujours les mêmes: faire du lien, favoriser les coopérations. Par exemple, dans le projet de requalification de la presqu'île scientifique (NDLR: projet Giant), la Ville ne va financer, au final, qu'1%. Pour la mairie, la plus-value n'est donc pas tellement financière. Mais c'est bien la capacité à mettre en phase tous les intervenants, à prendre en compte ce que souhaitent tous les acteurs, à prévoir les développements futurs,etc. qui est importante. Ensemble, nous sommes encore plus efficaces. Et puis, il s'agit toujours de projets liés à l'économie. Finalement, les gens apprécient d'avoir toujours les mêmes interlocuteurs sur les mêmes projets quelle que soit la strate administrative concernée. De même, à Paris, je parle de ce qu'on fait à Grenoble. Je m'enrichis aussi des expériences qui ont lieu dans d'autres villes. Ici, je peux me servir de certaines réflexions des commissions auxquelles je participe.

Dans vos mises en réseau, n'avez-vous pas peur de favoriser une entreprise plus qu'une autre? La politique, c'est aussi une histoire de relations de pouvoir.

Non! Je ne suis pas du tout dans des relations de pouvoir. Je ne pense pas qu'il m'arrive de favoriser une entreprise plus qu'une autre. Ce qui compte avant tout, c'est la valeur des projets et comment ces projets vont être bénéfiques pour le territoire, notamment en termes d'emplois. C'est important de considérer toute la chaîne: l'innovation et la technologie sont importantes pour les entreprises mais il faut aussi penser à l'insertion et au social. Je ne joue pas le copinage. Au contraire, je suis sans doute plus exigeante avec les gens proches ou mes anciens collaborateurs.
L'influence des collectivités et de l'État sur l'économie n'est-elle pas limitée?
On a toujours une certaine marge de manoeuvre. Ici, les pôles de compétitivité, les filières électroniques et informatiques n'auraient pas la même importance sans l'intervention des pouvoirs publics.

Est-ce qu'on peut toujours dire que Grenoble est un laboratoire social? La ville n'est-t-elle pas plus "bobo "?

Il y a toujours des gens qui vivent dans une grande précarité. Dans ma circonscription, j'ai les extrêmes avec des communes très riches comme Corenc. Et d'autres, plus populaires, comme Teisseire ou le Grand Châtelet. La mixité sociale est certes ce qu'il faut réussir dans ces quartiers. Car pour que les gens réussissent, il faut intégrer des codes sociaux. Malgré tout, il y a une vraie chaleur dans ces quartiers. Et l'école fait un travail formidable. Elle est parvenue à remonter le niveau. Il y a tout un travail à faire par la culture, l'école, le sport, pour amener plus de mixité. On expérimente par exemple le "parler bambin" pour socialiser les enfants dès la petite enfance. Mais il ne s'agit pas d'un accompagnement social traditionnel. C'est une méthode inventée par des chercheurs grenoblois qui est en test. Il y a donc bien toujours ce genre d'expérience sociale.

Mais comment faites-vous pour tout faire?
Je bosse tout le temps! Regardez mon emploi du temps. Je suis occupée jusqu'à minuit environ! Même quand je vais au marché, je reviens avec des CV! De toute façon, j'ai la bougeotte. C'est comme ça. J'ai toujours beaucoup bossé. Et puis mes enfants sont grands maintenant: 22 et 30 ans. J'ai plus de temps pour m'impliquer comme je le fais. Pour mon prochain mandat (j'aimerais bien remplir un second mandat de députée), je m'allégerais peut-être un peu. Mais là, il y a trop de projets compliqués à ne pas manquer, comme Bouchayer-Viallet, la zone franche urbaine sensible, la presqu'île scientifique (Giant)... Je pense quand même à l'avenir. D'ailleurs, j'ai essentiellement des jeunes qui sortent des études autour de moi. Petit à petit, je passe le relais.

Parcours
Octobre1954
Naissance à Amiens
1975-1978
Professeur d'anglais
1979-1983
Chargée d'information puis responsable de la documentation presse à la Ville de Grenoble
1983
Assistante parlementaire d'Hubert Dubedout
1987
Co-fondatrice d'Agiremploi
1989-1995
Directrice adjointe de Corys en charge des projets européens de R & D
1995-1999
Directrice de cabinet de Michel Destot, maire de Grenoble
1999-2001
Directrice de l'agence régionale du numérique
Depuis 2001
1ere vice-présidente de la Métro au développement économique
2001-2004
Cadre marketing à France telecom Grenoble
Depuis 2003
P-dg de la SEM Minatec entreprises et présidente de l'IAE de Grenoble
Depuis juin2007
Députée de la 1ere circonscription de l'Isère

Elle aime:
- La littérature anglaise et américaine. «J'essaie toujours d'avoir un livre en cours, y compris des romans.» - Les grands espaces, le bord de l'océan, les Hautes-Alpes... «L'été, je pars en vacances sur une île au large de l'Écosse, j'ai besoin de me retrouver face à la nature une ou deux fois par an.»
Elle n'aime pas: - Les intrigues. «C'est souvent grossier et ça mange de l'énergie». - Les esprits de corps, de classe, ce qui cloisonne les gens.

Le journal des entreprises[

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