En délégation grenobloise à Bruxelles pour défendre l’industrie et un partenariat entre Grenoble et Dresde



En délégation grenobloise à Bruxelles pour défendre l’industrie et un partenariat entre Grenoble et Dresde
Grenoble et Dresde ont plusieurs points communs dans leur mode de développement économique et universitaire. Les deux pôles ont développé une compétence forte dans le secteur des technologies de l’information, de la microélectronique au logiciel, basée sur un partenariat fort entre la recherche, l’université et les entreprises. La microélectronique étant un marché mondial très concurrentiel et soumis à des cycles structurels, une diversification toute naturelle, par le silicium, a été recherchée dans le solaire photovoltaïque et thermique et dans les biotechnologies en relation avec les systèmes miniaturisés. Malgré cette diversification en émergence, à Grenoble comme à Dresde, la microélectronique et la nanoélectronique restent une technologie et une industrie de base essentielle, très pourvoyeuse d’emplois (près de 40 000 emplois directs dans chaque pôle en comptant les emplois directs privés et publics dans les technologies de l’information et 4 fois plus d’emplois indirects et induits). Or la concurrence internationale à laquelle cette industrie est soumise est particulièrement injuste : aux Etats-Unis, en Asie (Inde, Chine, Corée, Taïwan, Singapour), des milliards de dollars sont mis sur la table par les gouvernements pour accueillir les grandes usines de fabrication des semi-conducteurs. En Europe, c’est exactement l’inverse, avec une tendance croissante à la recherche « fabless », c'est-à-dire sans fabrication associée à la recherche. C’est le choix qui a été fait par Philips et Motorola et on mesure aujourd’hui les suppressions d’emplois qui en ont résulté. De plus, non seulement l’Europe ne contribue pas aux efforts de développement nécessaires pour que des entreprises comme STMicroelectronics gardent une technologie d’avance, production comprise, et donc leurs avantages compétitifs, mais, en plus, l’Etat français comme les collectivités qui soutiennent ces développements doivent, pour cela, demander l’autorisation à l’Europe car de telles interventions publiques iraient à l’encontre de la sacro sainte loi de la concurrence. On marche sur la tête et on raisonne comme si la concurrence était à l’intérieur de l’Europe alors qu’elle se situe, dans un secteur aussi stratégique et concurrentiel que l’électronique, bien évidemment en dehors de l’Europe. C’est pourquoi, depuis deux ans, je soutiens activement la démarche menée par l’association Semi Europe qui tente de convaincre les instances européennes d’intégrer la microélectronique comme une industrie stratégique pour toute notre industrie (les technologies de l’information amènent de l’innovation dans tous les procédés industriels, de l’automobile au textile, en passant par l’optique, la chimie, la plasturgie…) et d’apporter un soutien efficace aux investissements nécessaires. Notre action, partagée avec Dresde, regroupe des industriels, grands groupes comme PMI PME, des universités, des écoles d’ingénieurs, des collectivités publiques et des agences de développement économique. Avec un enjeu : maintenir l’emploi industriel qui a besoin de la compétence recherche et industrielle en microélectronique pour rester concurrentiel.

Grenoble et Dresde, sites pilotes en Europe

Notre action commence à porter ses fruits puisque l’Union européenne a reconnu la microélectronique et la nanoélectronique comme « Key Enabling Technology » (technologie clef et stratégique) fin 2009 mais les premières réflexions du comité stratégique mis en place s’orientent davantage vers la recherche que vers l’industrie. Or le modèle que nous défendons, à Dresde comme à Grenoble, est celui d’une recherche adossée à l’industrie. C’est le modèle de ST Microelectronics qui fait de la conception à Grenoble, de la R et D à Crolles associée à de la production. Ce modèle a permis de créer près de 4000 emplois directs en 7 ans sur les deux sites, avec un total de plus de 6000 emplois. Les 5 et 6 mars, à Bruxelles, en compagnie de représentants de Soïtec, de STMicroelectronics, de l’association Jemi (qui regroupe toutes les PMI PME du secteur), du pôle Minalogic, de Grenoble INP, du CEA/Léti, de l’AEPI, j’ai plaidé en faveur de ce modèle auprès des instances européennes lors de la table ronde organisée par Semi Europe. Et comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, nous avons pris la décision, avec nos homologues de Dresde, de développer des partenariats entre nos deux « clusters » dans six domaines : l’éducation, les technologies avancées, les applications industrielles, les PMI-PME et les clusters, l’environnement et le lobbying auprès de l’Europe avec l’ensemble des acteurs locaux concernés. La maire de Dresde, qui participait à cette journée de travail partenarial, soutient activement cette initiative qui a été encouragée par la Direction Générale Entreprises et Innovation de l’Union Européenne à qui nous l’avons présentée dans la foulée. Un combat à poursuivre collectivement, vital pour l’avenir de notre industrie à Grenoble, à Dresde et dans toute l’Europe.

En délégation grenobloise à Bruxelles pour défendre l’industrie et un partenariat entre Grenoble et Dresde
quelques chiffres :

- La microélectronique représente 12 % de l’activité industrielle en Europe, sans compter sa diffusion dans les autres industries (en comparaison, l’automobile en représente 10 : ce sont donc deux secteurs stratégiques)

- La capacité de production de l’industrie des semi-conducteurs baisse en Europe au profit de l’Asie et des Etats-Unis, où se font maintenant 75 % des investissements

- La microélectronique emploie directement 220 000 personnes en Europe

- La plupart des unités de production sont déjà en Asie et les entreprises européennes et, dans une moindre mesure, américaines se spécialisent dans la conception, sans fabrication. STMicroelectronics, au contraire de Philips (NXP) et Motorola (Freescale), a choisi de coupler RetD et production associée, limitant ainsi les risques de fuite de RetD en Asie et maintenant les emplois industriels directs et induits

- En 2000, seulement 11 % des investissements se sont fait en Europe contre 50 % en Asie

- En 2012, on estime que plus de 70 % du marché mondial des semi-conducteurs sera en Asie

- Dans les années à venir, 75 unités de production devraient être construites, dont 6 en Europe et la grande majorité en Asie.


Les Echos ont d'ailleurs consacré un article à cette rencontre :


Microélectronique : Grenoble et Dresde vont coopérer


Dans l'objectif de prendre une position mondiale, les « clusters » de micro et nanoélectronique de Dresde et Grenoble ont décidé d'unir leurs compétences pour fédérer une politique industrielle.


GABRIELLE SERRAZ, Les Echos
DE NOTRE CORRESPONDANTE À GRENOBLE.

« Pour la première fois une véritable politique européenne est lancée à l'initiative de Grenoble et de Dresde dans l'objectif de fédérer l'ensemble des autres "clusters" européens en microélectronique et en systèmes afin de constituer une tête de pont en Europe, à l'image du complexe américain d'Albany Nanotech », explique Nicolas Leterrier, délégué général de Minalogic, le pôle grenoblois. Pour l'instant informelle, une coopération vient en effet de s'engager entre les deux pôles de microélectronique européens.

La maire de Dresde, Helma Orosz (CDU) et la députée (PS) de l'Isère, Geneviève Fioraso, se sont rencontrées vendredi : « Nous voulons inciter l'Europe à soutenir non seulement la R&D en matière de nanoélectronique mais imposer le modèle des "clusters", qui, à l'instar de Grenoble et de Dresde, compte aussi de la fabrication et celle-ci doit aussi être soutenue », indique Geneviève Fioraso, relayant en cela Semi, la fédération industrielle qui représente les fournisseurs d'équipements et de matériaux dans l'industrie des semi-conducteurs.

Les industriels demandent à Bruxelles d'investir dans une branche jugée stratégique, qui porte sur l'automobile, le médical ou les communications, mais qui souffre d'un désavantage concurrentiel par rapport aux sites implantés en Asie et aux Etats-Unis.

« Nous avons une carte à jouer »

« Ne garder que la R&D en Europe reviendrait à voir disparaître toute la branche », prévient Geneviève Fioraso. Un rapport commandé par la Commission européenne doit jeter, d'ici à la fin de l'année, les bases de la nouvelle stratégie européenne en la matière. Sans attendre, les acteurs de Dresde et de Grenoble ont donc décidé de devancer cette échéance en lançant un partenariat pilote. Les deux pôles, s'ils sont de même taille avec 40.000 salariés chacun dans le secteur de la nano et micro-électronique, sont très différents et à ce titre complémentaires. « Nous avons une carte à jouer, et cela immédiatement, afin de créer un pôle de référence mondiale et lancer des standards », assure Nicolas Leterrier. Autres avancées recherchées, celle des revendeurs et de la montée en puissance des PME. « La France est très forte en matière de création d'entreprises, mais ne sait pas faire grossir ses entreprises, tandis que l'Allemagne c'est l'inverse », explique le délégué général de Minalogic.


Microélectronique : Grenoble et Dresde vont coopérer Dans l'objectif de prendre une position mondiale, les « clusters » de micro et nanoélectronique de Dresde et Grenoble ont décidé d'unir leurs compétences pour fédérer une politique industrielle.

Mercredi 10 Mars 2010


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