Le Blog de Geneviève Fioraso

Je suis particulièrement heureuse d’être parmi vous aujourd’hui pour le lancement du projet partenarial Nanosat/Argos au joli nom d’Angels, en réalité pour le lancement d’une filière française des nano-satellites. Je remercie les représentants de la société Nexeya et du CNES de leur invitation.

Nous avions eu l’occasion de nous rencontrer, cher François Gautier, il y a un peu plus d’un an, lors de la mission que m’avait confiée le Premier ministre, Manuel Valls, sur l’avenir de la filière spatiale française dans le contexte de son évolution mondiale. Dans mon rapport, j’avais beaucoup insisté sur la nécessité de réagir face aux changements de paradigmes liés à la digitalisation, la baisse des coûts, la culture des nouveaux acteurs venus de Californie, les initiatives des pays émergents et la reconnaissance du spatial comme l’un des principaux pourvoyeurs de données. Or le marché des données joue aujourd’hui, on le sait, un rôle central dans le développement et la souveraineté d’un pays, avec une croissance de 14,5 % par an et des applications multiples, du positionnement à la défense, en passant par l’environnement, les télécommunications, l’agriculture, la météo, la science, la santé et ce n’est pas exhaustif. Les données, c’est le nouvel or noir.

D’où la nécessité, comme vous me l’aviez dit lors de ma visite de vos plates-formes technologiques, de rattraper notre retard sur les Américains notamment, les Israéliens, les Coréens du Sud, mais aussi, plus près de nous, les Anglais, les Danois, les Allemands et conforter une filière nationale des nano-satellites pour laquelle notre pays possède tous les atouts. C’est un marché estimé à 800 millions d’euros par an dans les dix ans à venir, avec les emplois correspondants et il s’inscrit totalement dans l’émergence d’une nouvelle culture du spatial, influencée par la culture digitale, avec des services et équipements plus agiles, moins coûteux, directement inspirés des besoins des utilisateurs finaux.

Vous aviez donc vous-même, cher François Gautier, directement inspiré les préconisations en ce sens dans le rapport que j’ai rendu fin juillet 2016 et, quand je les relis, je me dis que vous cochez, avec vos partenaires, toutes les bonnes cases.

Je ne reprendrai que deux d’entre elles :

«développer l’écosystème français des nano-satellites via le financement d’appels à projet réguliers et subventions de la RetT pour la miniaturisation des équipements,

Susciter, au niveau européen, la création d’une filière industrielle de segment sol dédiée aux cube-sats, voire de services de lancement spécifiques, pour soutenir l’émergence de projets s’appuyant sur les nano-satellites. »

Commençons par l’écosystème français. Une filière ne peut pas se développer à partir d’une seule entreprise, quel que soit le talent de ses équipes et les vôtres bénéficient d’années d’expérience dans la conception et la réalisation de dispositifs pour les sous-ensembles électriques et mécaniques des satellites déjà présents dans les constellations Iridium et Global star.

Pour lancer une filière nouvelle, Il faut une volonté politique et le levier de la puissance publique. Je veux remercier le CNES, notre agence spatiale, de son engagement volontariste, porté par la direction nouvellement créée de l’innovation, des applications et de la science et la direction des systèmes orbitaux, Lionel Suchet et Marie-Anne Clair, qui ont fortement contribué à lancer et coordonner le projet Nanosat/Argos, après Elise et tout l’historique que Joël Barre vient de rappeler. Avec cette initiative forte et innovante de co-conception et de fabrication d’un démonstrateur de nano-satellite, le CNES joue pleinement son rôle d’agence publique : il sera responsable du suivi du développement de la charge utile qui a été confié aux industriels Syrlinks et Thalès Alénia Space. L’agence spatiale assurera aussi le lancement et l’exploitation du satellite. Autre projet qui intéresse la région Occitanie, NANOVRAD, qui vise à qualifier les équipements du consortium face aux radiations.

Je veux aussi saluer la mise en réseau coordonnée par le CNES qui a décidé il y a quelques mois de fédérer les initiatives académiques, des laboratoires de recherche, des entreprises et de leurs clients en les regroupant dans le Club nano-satellites français, avec la société Nexeya en première ligne. De ce point de vue, je ne peux que me féliciter du partenariat qui se met en place entre le CSUT et le CSUG, les deux centres spatiaux universitaires de Toulouse et Grenoble, grâce à la complémentarité des expertises, Grenoble développant des systèmes d’instrumentation miniaturisés dans son écosystème, utiles au développement en cours de la plateforme Angels.

Je veux aussi féliciter la société Nexeya de sa détermination et de la pertinence de sa stratégie de développement. En faisant entrer en 2013 à son capital BPI France et la société de financement Activa, elle s’est donné les moyens de se développer en France et à l’étranger tout en intensifiant l’investissement indispensable en RetT.

Le levier public, c’est aussi la commande publique, qui permet ensuite à des entreprises comme la vôtre de s’appuyer sur des références nationales pour se développer à l’export. Lors d’une mission parlementaire en Californie il y a deux ans, j’ai pu voir à quel point les start-ups de cubesats et de nano-satellites se développaient, avec l’aide de la Nasa, de la défense, des fonds fédéraux ou des GAFAMs ; De ce point de vue, nous progressons mais une acculturation des politiques, des collectivités locales, élus comme administrations,  reste à faire sur les usages du spatial et son utilisation renforcée comme outil au service de politiques publiques nationales et territoriales.

Il y a aussi un changement de paradigme pour les industriels du domaine et leurs partenaires : s’organiser, dès la conception, pour réaliser plus vite, moins cher, de façon plus agile, plus standardisée, en utilisant les méthodes de lean management, l’imprimante 3D comme je l’ai vu chez Sodern ou Ariane Group. C’est une culture nouvelle là aussi et un défi très motivant pour attirer les jeunes talents, garçons comme filles, dans la filière du spatial.

Partenariat public-privé, écosystème d’excellence ouvert à l’Europe et à l’international, fluidité et partenariats gagnant-gagnant entre agences, grands groupes, ETI, start-ups, laboratoires publics et privés, centres spatiaux universitaires : toutes les conditions sont réunies pour que la plate-forme initiée par le CNES permette à Nexeya de devenir le chef de file d’une filière française des nano-satellites.

La richesse et la force de l’écosystème toulousain contribuera, j’en suis convaincue, à la réussite de ce pari, je pense au pôle de compétitivité Aerospace Valley et je salue sa présidente, Agnès Paillard, à ESA Bic, aux boosters que j’avais mis en place au sein du co-space au ministère de la recherche, à l’excellence des laboratoires de recherche, des écoles de formation, du CSUT Isae-Supaéro, des start-ups, PME, ETI et grands groupes du domaine. Toulouse, en partenariat avec d’autres sites, est, plus que jamais, comme je le préconisais dans mon rapport, le totem et la tête de réseau dont notre pays a besoin pour rendre plus lisible notre expertise exceptionnelle dans le secteur spatial en Europe et dans le monde. Soyez assurés de tout mon soutien.

Geneviève Fioraso, ancienne ministre, députée de l’Isère