Le Blog de Geneviève Fioraso

Le 8 mars dernier, à Paris, l’Unesco a accueilli le lancement officiel d’Ice Memory, une initiative coordonnée par la Fondation de l’UGA, imaginée par des scientifiques français et italiens. L’idée, à la fois simple et géniale, consiste, dans le contexte de réchauffement climatique et de fonte des glaciers, à mettre en place dans l’Antarctique, sorte de « glacière naturelle », un archivage de carottes de glace porteuses d’un patrimoine menacé.

On le sait, depuis les travaux menés en partie à Grenoble, en partie sur le terrain, par les physiciens glaciologues Claude Lorius (scientifique français le plus primé à l’étranger et auteur récent avec Luc Jacquet d’un film formidable, « le ciel et la glace ») et Jean Jouzel (notamment vice-président du groupe international scientifique d’études sur le réchauffement climatique, le Giec), tous deux prestigieux parrains d’Ice memory, les glaciers sont la mémoire d’un territoire et, plus globalement, de l’ensemble de la planète et c’est bien en étudiant leur composition et leur évolution qu’il a pu être établi et mesuré l’impact de l’activité humaine sur le réchauffement accéléré de la planète, d’où la fonte rapide des glaciers.

La Cop 21 qui s’est tenue à Paris a marqué la prise de conscience internationale de l’impact d’un réchauffement climatique supérieur à 2° dans le siècle et les désordres majeurs que cela engendrerait (migration de grands flux de populations, disparitions de territoires liés à l’élévation du niveau des océans, désastres climatiques, humains et économiques…). Même si le contexte politique, avec l’élection d’un Président américain qui voudrait remettre en question l’engagement pris par son prédécesseur à la Conférence Climat de Paris au nom de son pays, de loin le plus gros émetteur de gaz à effet de serre, nous ne pouvons qu’espérer que la raison et la pression politique des autres pays signataires, en particulier l’Europe et la Chine, finiront par l’emporter.

Dans ce contexte, l’initiative de l’UGA n’a que plus de pertinence et de force. Ce formidable projet d’une conservation naturelle des glaces menacées, véritable patrimoine scientifique, culturel, écologique, est né d’une coopération scientifique entre les laboratoires grenoblois (le Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’environnement créé en 1958 à Grenoble a initié la paléoclimatologie avec l’étude des carottes de glace) et italiens (université de Venise, Centre national de la recherche en particulierL. Ce laboratoire grenoblois, qui  a initié la paléoclimatologie, avec l’étude des carottes de glace, a été depuis intégré à l’OSUG, l’observatoire des Sciences de l’Univers et regroupé dans l’Idex dans un Centre Interdisciplinaire de l’Environnement. Les partenariats scientifiques français n’ont cessé de grandir, avec l’apport de l’Institut de Recherche et Développement, l’IRD, le CNRS, l’Institut Paul Emile Victor…

Concrètement, le projet Ice memory, formalisé en 2015 entre les scientifiques, a déjà donné lieu à un premier forage sur le glacier du Mont Blanc à Chamonix, en juillet dernier. Les carottes de glace vont être étudiées par les scientifiques pendant quelques années avant de rejoindre la base internationale franco-italienne Concordia, dans l’Antarctique, où ils seront conservés à une température de moins 50°. Les forages suivants sont déjà prévus, dont un premier en Bolivie.

De nombreux pays ont rejoint ce projet enthousiasmant, coordonné par la dynamique et efficace Fondation de l’Université Grenoble Alpes (bravo à Anne-Catherine Ollhman, son équipe et son CA) : la Suisse, la Norvège, les Etats-Unis, le Brésil, la Chine, la Russie, le Japon, la Bolivie… via leurs universités et organismes de recherche. Cette dimension internationale va être amplifiée par l’Unesco, qui a labellisé le projet et compte en faire un totem politique porté, sous forme de recommandation de l’Unesco tant sa dimension culturelle, scientifique, environnementale, son échelle planétaire correspondent aux missions et valeurs portées par cet organisme international. A cette occasion, j’ai eu le plaisir de retrouver Daniel Janicot, directeur de programmes à l’Unesco, après l’avoir côtoyé il y a quelques années (presque 20 ans déjà !) au Conseil d’Administration du Centre National d’Art Contemporain, le « Magasin », à Bouchayer-Viallet, dont il assurait avec grand talent la présidence dans une période où il fallait stabiliser l’établissement.

J’espère vous avoir fait partager la passion et la conviction qui animent le très beau projet partenarial et international « Ice Memory », dont les bases et les ressources scientifiques sont largement issues des talents et de l’histoire de notre territoire de montagne, de recherche et de technologie !