Le Blog de Geneviève Fioraso

Vendredi 10 février, j’ai passé une journée aux côtés de Pierre Moscovici, commissaire européen chargé des affaires économiques et financières, fiscalité et douanes, en visite à Grenoble pour voir, sur le terrain, l’impact des initiatives européennes et échanger sur les attentes vis-à-vis des institutions européennes.

Pierre Moscovici est un ami de longue date et un européen militant. Il y a une vingtaine d’années, il avait créé le mouvement AG2E (A Gauche En Europe) pour inscrire le projet social-démocrate et durable auquel nous croyons à l’échelle européenne, la seule lisible et efficace pour exister et agir au niveau mondial. Il m’avait alors confié l’animation locale de ce mouvement. C’est donc avec plaisir que j’ai organisé sa journée de visite avec la préfecture et mes collègues parlementaires. Tout d’abord, la visite de l’entreprise SymbioFCell à Fontaine, avec la présentation du projet HyWay, qui regroupe Air Liquide, le laboratoire du Liten de CEA-Tech, le pôle de compétitivité Tenerrdis, des entreprises comme SymbioCell ou MacPhy Energy ,autour de la filière hydrogène. Au moment où les ressources en pétrole se raréfient et où le réchauffement climatique nous amène à limiter l’utilisation d’énergies fossiles, il est essentiel, à l’image du Japon, de l’Allemagne, de l’Afrique du Sud, d’investir de façon volontariste dans la filière hydrogène, en particulier pour la mobilité (voiture, transports en commun). Pour démarrer une filière, il faut toujours une impulsion en investissement public, le temps d’équiper les territoires urbains et péri-urbains en stations pour le rechargement des batteries, d’améliorer les performances (notamment l’autonomie, aujourd’hui proche de 400 km), de réduire les coûts, avec des subventions d’équipement et des aides à la recherche et au développement ainsi que des incitations pour les utilisateurs. C’est la raison pour laquelle l’Europe a subventionné 50 % d’un développement réalisé par SymbioFCell d’une pile à combustible, intégrée à un système complet sur un véhicule Kangoo, à hauteur de 180 000 €, dans le cadre plus global du projet HYway qui bénéficie du soutien de la Métro et de la Région.

Après une interview express dans les locaux de France 3 Alpes pour insister une fois encore sur l’intérêt pour la France d’inscrire sa politique dans un cadre européen, une réunion de travail a été programmée avec les entreprises de biotechnologies, d’imagerie, de dispositifs médicaux et de dispositifs de e ou télé-médecine sur le site de la pépinière d’entreprises, Biopolis, à la Tronche, juste à côté du Centre Hospitalier Universitaire, que j’avais initiée comme vice-présidente à l’économie et à l’innovation de la Métro, il y a plus de 15 ans (5 millions d’investissements de la collectivité à l’époque, accompagnée par l’Etat, la Région et le département à hauteur de 5 autres millions). Les projets présentés au commissaire européen, sous l’autorité de Vincent Templaere, Président du pôle Médicalps (80 entreprises, 2 pôles de compétitivité, les 2/3 des nouvelles entreprises des dispositifs médicaux en France) et PDG de la société Eveon, étaient d’un très haut niveau d’innovation et leur impact immédiat pour les patients, avec des applications diverses : cancérologie, chirurgie non intrusive et personnalisée, lutte contre le diabète, les bronchites chroniques…. Tous ces projets, pour aboutir sur le marché et créer ainsi des emplois, avaient bénéficié d’un financement européen en amont : contrat de recherche ERC (European Research Council) pour jeune chercheur ou pour senior, appel à projets retenu dans le cadre du grand programme européen de recherche et développement Horizon 2020, projet de recherche technologique ou d’innovation sélectionné dans les programmes des « Key Enabling Technologies » (mot à mot : les technologies capacitantes, c’est-à-dire suffisamment génériques pour être diffusées dans de nombreux domaines d’applications, par exemple la microélectronique, les systèmes d’information, les « briques » logicielles, les nouvelles énergies non émettrices de GES – Gaz à effet de serre) ou de l’IET, l’Institut Européen de l’Innovation.

Ensuite, nous avons tous revêtu la tenue de protection complète indispensable pour ne pas amener de poussière ou de pollution dans les salles blanches, ultra-propres de l’entreprise STMicroelectronics à Crolles. Après trois années difficiles, liées pour partie à l’échec du rapprochement ST-Erikson et à des hésitations dans la stratégie du groupe, le recentrage sur les technologies phares comme les contrôleurs, les imageurs, les capteurs, ont permis à ST de décrocher récemment des contrats prestigieux, dont l’un avec Apple, ce qui va remettre en charge la production de plaquettes de composants électroniques à Crolles. Là encore, les développements conduits par l’entreprise franco-italienne avec de nombreux laboratoires publics, au premier rang desquels le Léti/CEA Tech à Grenoble, ont été bien accompagnés par les fonds européens, ce qui devrait s’amplifier si le grand projet commun à la France et à l’Allemagne sur le numérique, lancé par le Président Hollande et la chancelière Angela Merkel il y a quelques semaines, se mette en place rapidement de façon opérationnelle, avec l’aide de l’Europe. La visite du site de Crolles a beaucoup impressionné la délégation européenne.

Pour conclure cette journée déjà bien remplie, Pierre Moscovici a enchaîné dans les locaux de Grenoble Ecole de Management, sur une rencontre avec les étudiants grenoblois, organisée par l’Université Populaire Européenne de Grenoble, l’UPEG, présidée par Henri Oberdorff, ancien Président de Sciences-Po Grenoble, sur un thème volontairement provocateur : « l’Euro, frein ou moteur pour la croissance et l’emploi ? ». Un amphi bien rempli et des étudiants globalement favorables à « plus d’Europe », mais aussi à « plus de soutien à l’innovation, à l’harmonisation fiscale et sociale, une défense européenne à développer dans un monde devenant incertain –l’effet conjugué Brexit-élection de Trump- axe avec Poutine…, une politique coordonnée pour lutter contre le terrorisme mais aussi mieux accueillir les réfugiés politiques…». Toutes propositions que je partage pleinement, tout comme Pierre Moscovici, qui a apprécié ce débat vivant, interactif et passionné.

Cette journée très européenne a amené de l’oxygène et de l’espoir dans un contexte où le repli sur soi et le rejet d’une Europe injustement taxée de tous les maux semblent gagner du terrain. L’Europe, j’en suis convaincue, est la solution, pas le problème. A nous de contribuer à la rendre plus solidaire, plus efficace, plus proche des citoyens, à l’image du programme Erasmus pour les étudiants et, depuis peu, à mon initiative en 2014, pour les apprentis des filières techniques, professionnelles, agricoles. Erasmus, grâce aux rencontres entre jeunes européens, est à l’origine de plus de 1 million de bébés bi-nationaux et définitivement européens. Le plus beau symbole de l’Europe !