Le Blog de Geneviève Fioraso

Présider lundi dernier, à Paris, à l’invitation du CNOUS, un jury chargé de récompenser les meilleurs projets d’intérêt général imaginés et réalisés par des étudiants, via des associations et  des partenariats multiples, m’a permis de découvrir des initiatives formidables, créatives et très diverses. Cette satisfaction a été largement partagée par les 12 autres membres du jury, composé de représentants des étudiants, de lauréats de concours précédents ou de défis comme « ma thèse en 180 secondes », ainsi que de représentants du CROUS et de différents ministères.

C’est avec un vrai plaisir que j’ai pu apprécier la qualité des 7 projets présélectionnés qui nous ont été présentés en équipe, avec une passion et un enthousiasme contagieux ainsi qu’une parité (presque) parfaite ! Ce qui m’a frappée, c’est l’intérêt de ces étudiants pour la conduite de projets, leur agilité à monter des partenariats, à trouver des financements publics comme privés, à inventer et créer ensemble, avec toujours un objectif humaniste et d’intérêt collectif Nous avons d’ailleurs eu tellement mal à les départager, compte tenu de la qualité des projets présentés, que nous avons dû nous résoudre à désigner des ex-æquo.

Quelques mots sur les lauréats :                                                                                                             

  • Le premier prix, « un œil sur ma ville », a été remporté par une équipe toulousaine rassemblant des étudiants en histoire, en urbanisme, en sociologie. Ces étudiants ont voulu établir un dialogue et un travail commun avec les habitants du quartier populaire du Mirail où est installée leur université. Avec des moyens innovants et participatifs : des panneaux installés dans l’espace public et superposant des images du passé et du présent de ce quartier pour mieux imaginer ensemble son avenir, dans le cadre d’ateliers collectifs. Un second dispositif, complémentaire de ces panneaux, a été mis à disposition des usagers du quartier du Mirail, grâce à un système de flash code et une application mobile qui favorise les parcours partagés dans ce quartier. Un projet original, créatif et favorisant le lien entre des populations différentes (habitants d’un quartier en politique de la ville, étudiants, professionnels de l’urbanisme, du tourisme…) et mettant en valeur l’histoire et le présent d’un quartier populaire. De quoi inspirer les offices du tourisme pour la promotion du tourisme urbain.

Aux côtés d’Emmanuel GIANNESINI, Président du CNOUS et un représentant du projet Œil sur ma ville

  • Le deuxième prix, attribué à des Nantais, « la Dorade », est un projet associatif dont l’objectif est d’organiser des événements artistiques et solidaires dans l’espace public et, plus précisément, dans un lieu assez formidable que j’avais eu l’occasion de visiter il y a quelques années en délégation avec des habitants et des élus de la ville pour préparer le projet de requalification de la friche Bouchayer Viallet à Grenoble : il s’agit de l’Ile de Nantes et, plus précisément, du jardin sous halle avec verrière qui comporte des plantes magnifiques, y compris des arbres tropicaux. Un lieu idéal en somme pour accueillir un événement comme celui proposé par l’association « la Dorade », avec le soutien logistique de la ville de Nantes et la participation d’associations culturelles et étudiantes : échange de services et partage, concerts, élaboration d’une fresque, ateliers ludiques ou de réparations de vélos. Le partenariat avec les étudiants des Beaux-Arts et l’Ecole de communication visuelle a contribué à une scénographie inventive et adapté à l’état d’esprit de l’association « la Dorade » qui souhaite continuer à impulser une nouvelle dynamique entre les étudiants, les associations et les Nantais.

Aux côtés des représentants du projet Dorade

  • Enfin, deux ex-æquo pour le troisième pris, avec le projet parisien « les 400 vues » et le projet nantais porté par l’association Students shop.

Culture et échanges européens pour le premier projet, «les 400 vues »  qui a permis de mieux faire connaître un Paris des quartiers, insolite, à des groupes d’étudiants étrangers via des photos réalisées par 2 jeunes photographes amateurs et semi-professionnels, de 18 à 30 ans, avec la participation d’étudiants français, turcs, roumains, égyptiens, slovaques, le soutien d’un financement européen via le programme Erasmus et le partenariat entre des universités parisiennes et de pays européens. Un projet original et ambitieux.

Le second projet, « Students Shop », a créé, via une association dédiée, une boutique réservée aux étudiants, implantée dans un campus universitaire, à Nantes, où se vendent, à prix très réduits, tous les articles nécessaire à la vie quotidienne de l’étudiant, de la vaisselle à la papeterie en passant par les kits de literie, le tout étant provisionné par des dons d’étudiants. Un projet solidaire et utile, basé sur l’engagement des bénévoles, comme tous les projets récompensés.

Aux côtés de la représentante du projet Student Shop

Quant aux projets sélectionnés pour la (CSTI), notre choix s’est porté à l’unanimité sur l’équipe grenobloise de la « périphérie du confort », un spectacle artistique, musical , théâtral, plastique sur la cosmologie, avec la force du dialogue art-science sur un sujet donné, en l’occurrence la cosmologie. Un travail très intéressant, fondé sur le partenariat entre des étudiants en école d’art, un musicien, un danseur et une équipe de physiciens, chercheurs en cosmologie. Un projet qui aurait toute sa place dans le cadre de la Biennale Art-science co-organisée par l’Hexagone de Meylan, le CEA-Tech et le CCSTI de Grenoble et que je vais immédiatement présenter à ces nouveaux partenaires.

Avec l’équipe grenobloise du projet La Périphérie du confort

Point d’orgue final de cette journée, la lauréate d’un prix récent « jeune talent-culture » du CNOUS, une jeune chanteuse de Montpellier, a interprété « a capella » deux chansons qui figureront dans le disque qu’elle est en train d’enregistrer, quelques semaines après cette distinction. Beaucoup de talent et une vraie sensibilité chez cette étudiante, Ndobo-emma, une jeune artiste promise à un bel avenir.

Ndobo-Emma

Une fois encore, toutes ces initiatives étudiantes, soutenues et stimulées par le CNOUS,le réseau des œuvres étudiantes, démentent les poncifs que l’on peut lire ou entendre sur une génération dite Y, qui serait individualiste, repliée sur elle-même, désenchantée. Ces projets démontrent au contraire l’envie de cette génération d’être utile, solidaire et créative. Et de le démontrer par des projets bien concrets : une génération bien plus pragmatique que ce que l’on croit, ce qui n’empêche pas de poursuivre un idéal…