Le Blog de Geneviève Fioraso

Ce lundi 23 janvier, j’ai répondu à l’invitation de Patrick Lévy, Président de la Fondation des nanosciences Louis Néel et d’Alain Fontaine, Directeur, à l’occasion de la cérémonie de remise des Prix de thèse. 

Mark Beeler et David Van Zanten, deux doctorants-chercheurs, ont été récompensés 

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Retrouvez ci-dessous mon discours :

Merci tout d’abord à Patrick Lévy, Président de la Fondation nanosciences et à son directeur Alain Fontaine de m’avoir associée à cette cérémonie de remise de prix de thèse dans le domaine des nanosciences.

Les nanosciences, c’est un peu l’ADN du pôle scientifique grenoblois et c’est sûrement encore aujourd’hui le domaine dans lequel la visibilité internationale de Grenoble est la plus grande. C’est aussi un domaine hautement stratégique, tant pour la recherche fondamentale et ses perspectives, dont les promesses s’incarnent dans les projets  de thèse présentés que pour les applications générées par ces recherches, j’y reviendrai.

Quel chemin parcouru au cours de ces dernières années, quelle accélération ! Il y a 15 ans environ, à l’occasion du lancement du projet MInatec et d’un contrat de plan finançant les investissements de recherches associées, un journaliste du Dauphiné Libéré avait titré : Grenoble, bienvenue à Nanoland. Je ne referai pas l’historique de cet écosystème si particulier. J’avais eu l’occasion de le faire en 2013, comme ministre, lors du 50ème anniversaire du campus CNRS de Grenoble, après une visite du bâtiment Nanosciences avec la fille du prix Nobel de physique Louis Néel, figure emblématique de l’excellence scientifique et au cœur du rapprochement des mondes de la recherche, de la formation et de l’industrie. Déjà la coopération entre les deux sites du campus grenoblois, aujourd’hui reconnu comme initiative d’excellence, l’Idex, avait été engagée par Louis Néel, créateur du Laboratoire d’électrostatique et de physique du métal et surtout du CENG, avec un conseil scientifique composé de 6 CEA et 6 universitaires et Louis Weil, Président de l’UJF et créateur du centre de recherche sur les très basses températures. L’arrivée des grands instruments européens, notamment l’ILL en 1967 (nous avons fêté ses 50 ans la semaine dernière) et l’ESRF en 1985 ont contribué, avec les laboratoires universitaires et le CNRS, à développer notre excellence scientifique et technologique dans le domaine des nanosciences, des nanomatériaux, de la nanoélectronique.

L’Etat, les collectivités territoriales, de la métropole au conseil régional, ont toujours soutenu ce pôle qui est à la fois la base et le tremplin finalement du site grenoblois. Ce soutien a toujours voulu soutenir l’ensemble du spectre, depuis la recherche la plus fondamentale en nanosciences jusqu’à l’industrialisation à grande échelle.

Grâce à la coopération des acteurs et des champs scientifiques de la physique, des matériaux, de l’informatique, de l’ingénierie électrique, de la chimie et de la biologie, des applications multiples et bénéfiques à la société et à la planète, ont déjà permis le développement de briques technologiques dans le domaine de l’information, de l’internet des objets, de la communication, de la médecine et de la santé, de l’énergie ou de l’environnement et même du spatial ou de l’aéronautique. Des Labex et Equipex portant sur les nanosciences pour l’énergie, la miniaturisation des dispositifs innovants de la nanoélectronique ou la nano-caractérisation de procédés technologiques et matériaux, l’identification des nanoparticules dédiées à la sécurité, l’IRT NanoElec sur l’intégration de puces en 3D, sur la photonique intégrée sur silicium sont autant d’outils pour développer la science comme pour stimuler l’activité et accélérer le transfert vers des innovations de rupture.

La Création de la start-up McPhy est l’un des exemples de ces transferts prometteurs dont nous pouvons être fiers. C’est ce socle de compétences, né de la physique et de l’interdisciplinarité des recherches fondamentales comme technologiques ou partenariales avec l’industrie qui ont contribué à attirer ou à renforcer l’implantation d’entreprises ou centres de recherches et d’innovation comme ceux STMicroelectronics, Soitec, Schneider Electric, Orange, BioMérieux, Alstom Hydro, Air Liquide, Atos… sans compter l’éclosion de nombreuses start-ups et j’ai eu l’occasion, en tant que Présidente fondatrice de la Sem Minatec d’en accueillir quelques dizaines. Encore une fois, la démonstration que la recherche fondamentale et la recherche technologique que l’on aime trop souvent opposer dans notre pays, sont en réalité totalement liées et que seule compte la qualité des recherches conduites, au service de la science et de la connaissance. Je veux insister aussi sur l’importance des partenariats noués avec le milieu économique pour gagner la bataille de la compétitivité par la qualité, en réalité la meilleure façon de gagner la bataille de l’emploi.

Aujourd’hui, la dynamique de recherche stimulée par l’Idex oriente les recherches vers un domaine très prometteur, l’ingénierie quantique, dont les perspectives vont nous être présentées dans quelques instants. Je n’en dirai donc pas plus, d’autant que ma compétence s’arrête là dans un domaine aussi pointu.

Je voudrais insister, en conclusion, sur l’importance du doctorat et de la thèse dans notre pays. Un certain nombre d’enjeux, on le sait, sont directement liés à la science et à la technologie, qu’il s’agisse de protection de l’environnement, de la maîtrise de l’impact du réchauffement climatique, de santé, de mobilité durable… Nous avons besoin plus que jamais, pour prendre les bonnes décisions, de nous appuyer sur des scientifiques, de croiser les expertises, d’où l’importance d’accueillir les titulaires de thèse dans la recherche publique, mais aussi dans la haute administration, dans les entreprises de toutes tailles, dans les collectivités territoriales. J’avais imaginé, comme ministre, de faciliter l’accès à l’ENA pour les doctorants, afin de prendre davantage en compte l’expertise et la culture scientifiques dans les décisions publiques au niveau national. Je vous laisse imaginer les résistances, mais ce combat doit se poursuivre car il est vital pour l’avenir de notre pays. Nous bénéficions dans notre pays de 12 000 nouveaux docteurs par an, toutes disciplines confondues, dont 41 % menées par des thésards étrangers. La recherche publique accueille, dans des conditions à améliorer, notamment pour la durée, 50 % des docteurs restant dans notre pays. Le secteur privé n’en accueille qu’un peu plus de 25 %, dont une partie non négligeable via les conventions CIFRE, en quelque sorte des doctorats en alternance qu’il faut non seulement préserver mais encore développer.

C’est donc bien au secteur privé d’intégrer davantage de titulaires de thèse, le plus haut diplôme de la formation universitaire. Nous avons tous une responsabilité pour mieux faire connaître aux entreprises l’intérêt d’accueillir des docteurs pour favoriser l’innovation de rupture, celle qui a un retour sur investissement 7 fois supérieur à l’innovation incrémentale. J’avais engagé au niveau national il y a 4 ans une sensibilisation à ce sujet auprès des grandes entreprises, parfois davantage enclines à recruter par cooptation des étudiants issus des grandes écoles et des grands corps. Des conventions, notamment avec Schneider Electric, avaient été signées, simplement pour reconnaître, dans la grille des compétences et des salaires, le titre de docteur. Mon successeur, Thierry Mandon, poursuit cette démarche et je m’en félicite.

Au niveau local, Jérôme Vitre, délégué CNRS, organise chaque année depuis 3 ans, une rencontre, préparée avec les services de Pôle emploi et co-financée par la Métro, entre des entreprises innovantes ou ayant besoin d’innovations pour se développer, avec des doctorants de toutes disciplines. Marraine de cette initiative, j’ai vu à quel point elle était efficace et pragmatique et ce sont 80 entreprises qui y participent aujourd’hui, toutes avec au moins une offre d’emploi pour un docteur.

J’avais aussi soutenu et co-financé cette formidable opération de valorisation des thèses par les doctorants eux-mêmes, initiée par le CNRS et la CPU, avec l’aide d’entreprises comme bioMérieux : je veux parler de « ma thèse en 180’’ ». Je salue d’ailleurs Guillaume Plassan, lauréat de ce concours en 2016 à Grenoble et j’engage tous ceux qui n’ont jamais eu l’occasion de participer à ce concours national mais aussi international, initié il y a quelques années par le Canada, à se rendre sur le site pour voir quelques morceaux choisis.

Je vais m’arrêter là pour respecter l’agenda, en vous remerciant encore une fois de cette initiative qui récompense à la fois la qualité des recherches menées en neurosciences et l’impérieuse obligation de valoriser davantage les jeunes engagés dans l’aventure de la recherche et de la science dans le cadre de leur thèse. En les soutenant comme vous le faites avec ces prix, c’est l’avenir que vous soutenez, pas seulement en France ou en Europe mais dans le monde entier, grâce au caractère universel de la science et des échanges entre les chercheurs de tous pays. Merci aux doctorants présents d’y contribuer et merci de votre attention.