Le Blog de Geneviève Fioraso

Avec la mort de Mario Soares à 92 ans, c’est une grande figure de la social-démocratie européenne qui a disparu le 7 janvier dernier. Président du Portugal pendant 10 ans, de 1986 à 1996, fondateur du parti socialiste portugais, Mario Soares s’est battu toute sa vie pour la liberté. Liberté pour le peuple portugais d’abord, après la révolution des œillets en 1974 qui a mis fin à la dictature de Salazar et a permis la mise en place d’un régime démocratique dont il fut le principal artisan comme ministre d’un gouvernement provisoire puis Premier ministre en 1976. . Liberté pour l’Europe ensuite, avec l’adhésion du Portugal à l’Union Européenne sous son impulsion, en 1983. Député européen en 1999 après avoir présidé le Mouvement européen international, il aura à cœur de défendre une Europe ouverte au monde, solidaire et volontariste. Cette action est reconnue en 2000, quand il se voit attribuer le prix Nord-Sud du Conseil de l’Europe.

Universitaire, historien, philosophe et juriste de formation, avocat de profession, Mario Soares a aussi enseigné à l’université de Rennes et de Bordeaux, lors de l’exil auquel la dictature de Salazar l’avait contraint. Francophone de cœur, parlant couramment notre langue, il était aussi un homme de culture. J’avais eu le plaisir de le rencontrer en 1998, à l’occasion du 50ème anniversaire de la déclaration des droits de l’homme, qu’il avait honoré de sa présence, à Grenoble, à l’invitation du maire, Michel Destot. Après son allocution d’ouverture de cette manifestation, j’avais organisé, à sa demande, une escapade au musée de Grenoble où il avait repéré une exposition qui l’intéressait particulièrement. Je me souviens de notre conversation et nos échanges sur le Portugal, ses paysages de la côte sud-ouest, où il possédait une maison perchée sur une falaise au-dessus de la mer, à Odeceixe, toute proche de Carrapateira où nous passions régulièrement des vacances en famille.

Sa stature internationale, sa présence charismatique associées à  la simplicité avec laquelle nous avions ainsi partagé notre attachement à une région si belle et sauvage du Portugal m’ont alors frappée. Depuis, j’ai eu l’occasion de remarquer que les personnalités les plus charismatiques (Barack et Michelle Obama, ou les prix Nobel Aung San Suu Kyi, Amartya Sen, Patrick Modiano que j’ai eu la chance de rencontrer) partagent cette simplicité et attention à leurs interlocuteurs, bien loin de toute considération protocolaire. Mario Soares refusait d’ailleurs d’être qualifié de personnage « immortel » et se définissait en 1995 non sans humour et avec une pointe d’auto-dérision comme « un pauvre homme qui a eu la chance d’avoir pris des positions et d’avoir vu juste ».

Le Portugal a rendu hommage à ce grand leader européen au cours d’un deuil national de trois jours et l’Europe a salué unanimement le départ d’un humaniste profondément attaché à la construction européenne, d’autant plus essentielle dans un contexte de lutte contre le terrorisme, d’économie globalisée et de disparité entre les pays du Nord et du sud : les combats de toute une vie pour le grand démocrate Mario Soares.