Le Blog de Geneviève Fioraso

Le spatial est décidément à l’honneur en cette fin d’année 2016.

Alors que notre astronaute Thomas PESQUET nous permet de suivre quotidiennement ses activités au dans la Station Spatiale Internationale, la Commission européenne a annoncé ce jeudi 15 décembre l’entrée en service de Galileo, le système européen de navigation et de géolocalisation par satellite.

Un programme ambitieux, décidé en 1999

L’Union européenne a décidé, en 1999, de se doter de son propre système de navigation par satellite, dans un contexte international où cohabitent trois systèmes, un américain, le GPS, le plus largement utilisé, ainsi qu’un russe et un chinois. Baptisé Galileo du nom du savant italien qui a déclaré que la Terre tournait autour du soleil en 1633, le programme a eu du mal à se concrétiser, connaissant de nombreux surcoûts et retards au cours des premières années de sa mise en œuvre mais il est aujourd’hui sur les rails et nous ne devons pas bouder notre plaisir de voir un projet européen ambitieux et déployer au bénéfice de notre souveraineté stratégique,  de notre sécurité  et de notre industrie.

Des objectifs stratégiques

Galileo va permettre :

  • limiter la dépendance européenne au système américain GPS et garantir à l’Europe une indépendance stratégique et économique ;
  • de permettre le positionnement au mètre près, une précision extrêmement utile alors que les objets connectés seront de plus en plus nombreux et que la surveillance contribue à nous prémunir des actes terroristes
  • remettre l’Europe dans la course à la technologie : les données de navigation et de géolocalisation seront de plus en plus utilisées notamment dans les systèmes embarqués des automobiles, des avions, des trains ;
  • émettre des signaux plus résistants que les signaux de GPS dans des environnements dits contraints, en particulier les « canyons » urbains (configuration du lieu fermée avec des bâtiments relativement hauts et proches).

Concrètement, comment ça marche ?

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Le principe de base repose sur la triangulation entre satellites. En effet, les satellites diffusent en permanence des données précises sur leurs positions en orbite. Le récepteur utilisateur (celui intégré dans les voitures par exemple) reçoit et décode ces signaux, qui lui permettent de connaître la position exacte des satellites. Comme le récepteur contient aussi une horloge, il peut déterminer le temps mis par le signal de chaque satellite pour lui parvenir, donc sa distance par rapport à lui. Avec les trois positions des satellites et les trois distances ainsi calculées, le récepteur déduit sa position.

Trois satellites seraient suffisants pour connaître la position si toutes les horloges étaient parfaitement synchronisées. Mais, en pratique, les récepteurs ne disposent pas d’une horloge aussi précise que celle des satellites. Un quatrième satellite est donc nécessaire pour déterminer la position exacte.

Les satellites du programme Galileo sont envoyés depuis la base de lancement de Kourou, en Guyane française.

L’Union Européenne a prévu que Galileo soit totalement opérationnel à l’horizon 2020, lorsque les 30 satellites prévus seront en orbite. Aujourd’hui, les 18 premiers lancés permettent tout de même de fournir les premiers services, appelés « services initiaux ». Il ne s’agit bien évidemment que d’un premier pas pour un système qui, en pleine capacité opérationnelle, offrira des performances totalement autonomes et améliorées en termes de positionnement, de datation et de sécurité du signal.

Perspectives et enjeux

Le rapport que j’ai remis cet été au Premier Ministre, Manuel VALLS, souligne l’importance de ce programme en termes de souveraineté et de potentiel développement économique et j’ai proposé deux actions prioritaires à mettre en place afin de favoriser les services liés à Galileo dans notre pays :

  • Il s’agit d’abord de garantir la pérennité du système Galileo et encourager l’utilisation de Galileo dans les commandes publiques en Europe

La Commission européenne doit chercher à rassurer et convaincre les intégrateurs de l’intérêt d’utiliser Galileo. Elle doit par exemple garantir la pérennité du système.

La commande publique européenne doit aussi être un moyen de développement de l’usage de cette constellation de satellites, en imposant par exemple la compatibilité avec Galileo dans les cahiers des charges des appels d’offres émis par les pays membres ou la Commission européenne.

  • Il faudrait ensuite réglementer au niveau européen pour imposer le système Galileo pour les infrastructures critiques et dans les secteurs où les systèmes concurrents imposent leur standard

Il faut prévoir d’imposer le système par la réglementation pour les réseaux critiques d’infrastructure liés à la sécurité. Dans le domaine de la navigation, l’enjeu est de convaincre les intégrateurs (fabricants de voitures, opérateurs de transport ferroviaire, etc.) d’utiliser ce service pour ses meilleures performances d’une part et pour l’intérêt que présente la redondance des systèmes (utilisation en même temps que le service GPS) d’autre part.