Le Blog de Geneviève Fioraso

ONM brigitte Plateau

C’est avec plaisir et une certaine nostalgie aussi que j’ai retrouvé la salle du conseil d’administration de Grenoble INP (Institut National Polytechnique) où j’ai représenté la Métro pendant 10 ans, jusqu’en 2012. J’ai accompagné l’évolution de l’école administrée pour la première fois, plus de 100 ans après sa création, par une femme. Cette femme, c’est une mathématicienne au parcours d’excellence, Brigitte Plateau, à qui je remettais ce vendredi 12 juin l’Ordre National du Mérite, au grade de Chevalier, au nom du Président de la République. Une belle cérémonie, en présence du Maire de Grenoble, Eric Piolle, diplômé de Grenoble INP, du Président de la Métro, Christophe Ferrari, de la Présidente de l’université Stendhal, du PDG honoraire d’Inria, Michel Cosnard, de la directrice du Leti, Marie-Noëlle Semaria, du Président de Digital Grenoble, Jean-Pierre Verjus, des directeurs des écoles de Grenoble INP et de nombreux scientifiques et représentants d’entreprises, notamment Schneider Electric et Alstom Hydropower, présentes au conseil d’administration de l’école mais aussi partenaires dans des projets de recherche sur l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables… L’occasion de rappeler le parcours remarquable de Brigitte Plateau, désignée il y a deux ans à la Présidence de l’alliance nationale de recherche sur le numérique, Allistène (là encore, une première pour une femme !). Dans son discours de réponse, cette polyglotte confirmée (elle parle six langues !) a brillamment démontré que le fait de parler plusieurs langues servait la qualité de la langue natale, en l’occurrence le français.

Voici le discours prononcé à cette occasion :

 

Grenoble, 12 juin 2015

 

CEREMONIE DE REMISE DES INSIGNES DE L’ORDRE NATIONAL DU MERITE A BRIGITTE PLATEAU

Remis par Geneviève FIORASO, ancienne Ministre,

Députée de la 1ère circonscription de l’Isère,

au titre du Secrétariat d’Etat à l’Enseignement Supérieur et la Recherche.

Monsieur le Président de la Métro,

Monsieur le maire de Grenoble,

Monsieur le Président de la Chambre de Commerce et de l’industrie de Grenoble,

Madame la Présidente de l’Université Stendhal, représentant l’université Grenoble Alpes,

Monsieur le Président honoraire de Inria,

Monsieur le coordinateur du projet Digital Grenoble,

Madame la directrice du pôle de compétitivité Minalogic,

Mesdames, Messieurs les directrices et directeurs d’écoles, de laboratoires de recherche universitaire et d’organismes de recherche

Messieurs les Présidents directeurs généraux et Mesdames Messieurs les représentants des entreprises de l’agglomération grenobloise,

Chers amis,

« Les mathématiques ne sont pas une marche prudente sur une voie bien tracée, mais un voyage dans un territoire étrange et sauvage, où les explorateurs se perdent souvent ». C’est ce que dit justement l’historien des sciences William Sheron Anglin. Pour les béotiens, cette phrase peut paraître étrange tant on se représente le monde des mathématiques comme logique, prévisible et fiable, voire austère et même normé ». C’est oublier que cette science est un outil qui ne sert pas seulement à mesurer, analyser et comprendre, mais aussi à créer, à concevoir et à construire, à anticiper et à opérer des innovations de rupture… Mais tous ceux qui ont lu le roman autobiographique de Cédric Villani, « Théorème vivant », connaissent déjà la proximité entre les mathématiques et la création musicale en particulier et certaines pages de ce livre magnifique comportent des équations qui ressemblent à des portées musicales. D’ailleurs, pour m’être rendue à plusieurs reprises à l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques qui accueille en résidence en région parisienne les meilleurs mathématiciens de toutes générations et de tous les pays, j’y ai vu autant d’instruments de musique que d’ordinateurs !

Donc, Brigitte est une scientifique émérite, mais c’est aussi une artiste. Et son parcours témoigne de cette créativité qui, de l’agrégation de mathématiques au doctorat en informatique, l’a poussée à explorer et contribué à créer un univers technologique qui aujourd’hui nous paraît évident mais dont les développements sont récents, au regard de la science. Je veux parler d’internet. Ou plutôt de la révolution internet qui a changé nos façons de travailler, de communiquer, d’échanger et peut-être de penser : Brigitte Plateau en fut l’une des pionnières.

C’est donc un honneur pour moi d’être présente parmi vous pour remettre à Brigitte PLATEAU les insignes d’officier de l’Ordre national du Mérite.

Chère Brigitte, vous êtes née à Paris dans le 9ème arrondissement. Comme vous, votre frère a attrapé le virus informatique, le bon, et développe aujourd’hui des environnements téléphoniques mobiles pour les entreprises.

Votre mère était professeure de travaux manuels et votre père ingénieur électronicien. Ils ont su vous transmettre le goût des sciences, mais aussi l’envie d’utiliser ces connaissances pour agir sur le quotidien, tout en anticipant ce qui n’existe pas encore.

De 1974 à 1977, vous êtes élève à l’Ecole normale supérieure de Fontenay aux Roses. Vous obtenez votre agrégation de mathématiques en 1977 et votre doctorat en Informatique en 1984, à l’Université Paris 11.

En 1980, vous enseignez en tant qu’assistante en informatique à l’Ecole agronomique de Paris. Jusqu’en 1988, vous serez chargée de recherche CNRS au Laboratoire de recherche en informatique (LRI) de l’université Paris 11. Un poste qui vous donnera l’opportunité de partir enseigner un an aux Etats-Unis en qualité de « visiting professor assistant » à l’université du Maryland. Vous faites ainsi mentir la triste réputation qu’ont les Français, en matière d’apprentissage des langues vivantes, même si la situation s’améliore peu à peu. Vous, au contraire, êtes fascinée par les sons différents, les modulations des accents, les différences de rythmes et la musicalité des mots. Pratiquer les langues étrangères est avant tout pour vous une façon d’enrichir sa pensée, de créer des associations stimulantes, d’ouvrir votre esprit à d’autres façons de voir. Comme si la gymnastique mentale que cela requiert permettait de configurer différemment notre cerveau. Et si vous êtes bilingue en anglais, votre curiosité vous a poussé à explorer d’autres langues, notamment le portugais. Comme vous parlez six langues, j’aurais aimé vous avoir comme témoin dans l’hémicycle lors des débats un peu rudes et assez anachroniques sur l’article 2 de la loi sur l’enseignement supérieur et la recherche en 2013. Car vous êtes la preuve que la pratique et la connaissance d’autres langues, donc d’autres cultures, enrichissent la connaissance de sa langue natale et favorisent le dialogue à l’international.

C’est également à cette période, à la fin des années 1970 et au début des années 80 que vous entrez dans le monde du travail. Internet n’était encore qu’un potentiel, pas une constante de notre environnement. Une génération allait le développer, la vôtre. Vous aviez le même âge, vous inventiez ensemble un domaine virtuel qui construisait au fur et à mesure ses propres règles tout en créant des besoins nouveaux auxquels il devait s’adapter. Quand je vous parlais de défricher des territoires inconnus il y a quelques minutes… Nous y sommes.

Vous reconnaissez vous même qu’à l’époque vous ne le formuliez pas ainsi. Le vivre était suffisamment intense. Mais l’ambiance de créativité et de liberté que vous avez partagée alors explique aussi la façon directe dont vous affrontez les défis. Depuis, et sans doute déjà à l’époque, vous avez toujours travaillé en équipe.

Loin de l’image cathodique du geek de série américaine, coupé du réel et aimanté par la lumière bleue de son écran, vous ne vivez pas sur des montagnes russes ou l’on avance d’exaltation en dépression. Vous progressez en toute conscience, en affrontant les difficultés quand elles se présentent, préférant toujours expérimenter des solutions que rechercher des coupables lorsque cela ne marche pas. Si je dis cela, c’est parce que le métier d’informaticien ou de chercheur en informatique souffre encore trop souvent d’une représentation qui le rend rédhibitoire pour un certain nombre de jeunes filles. Plusieurs études l’ont démontré. Brigitte est justement le contre-exemple à cette vision caricaturale du geek : elle n’a pas de capuche, elle n’est pas accro à l’écran et n’essaie pas d’échapper à la vie réelle au profit d’une vie virtuelle. Elle est souriante, ouverte aux autres, élégante et d’ailleurs l’affiche la représentant que j’avais installée avec d’autres sur les grilles du MENESR dans le cadre d’une exposition consacrée aux portraits de femmes scientifiques a plusieurs fois était ornée de cœurs bienveillants par des passants de ce quartier très studieux du Panthéon, du lycée Henri IV et de la Sorbonne, qui n’ont pas résisté aux bras qu’elle leur tendait, sur la photo bien sûr.

Et, chère Brigitte, si vous ne niez pas que l’on demande à une femme de faire davantage ses preuves, vous n’avez pas bâti votre parcours seulement en faisant face à l’adversité, mais aussi grâce à de nombreuses belles rencontres qui vous ont construites et à qui vous allez dans quelques instants exprimer votre reconnaissance. Vous êtes du genre volontaire plutôt que revendicatif et vous l’exprimez clairement : « Bien sûr qu’il faut se battre, mais tout le monde doit le faire s’il veut pouvoir agir. »

Recrutée par Grenoble INP-ENSIMAG (Ecole nationale supérieure d’informatique et de mathématiques appliquées de Grenoble) en 1988, vous intégrez le corps des professeurs des universités en informatique. Excellente pédagogue, vous dispensez à la fois des enseignements en tronc commun et des enseignements spécialisés liés à votre domaine de recherche. Bilingue, vous enseignez aussi bien en français qu’en anglais et vos cours sont très appréciés des étudiants.

Ce n’est pas étonnant. Quand vous parlez de ce que vous aimez dans l’enseignement, vous apportez une autre dimension à la transmission. Enseigner est pour vous non pas une obligation mais un vrai plaisir. Etre devant un public, interagir avec lui, faire passer des éléments de connaissance, de réflexion aussi et sentir les étudiants réagir : pour vous, la formation est forcément interactive et formatrice aussi pour vos recherches en informatique. La recherche et l’enseignement ne sont pas pour vous des activités parallèles et vous dites souvent qu’enseigner l’informatique est aussi une façon de l’apprendre de façon systématique. Je partage totalement ce point de vue et c’est la raison pour laquelle j’ai voulu, pour la première fois, proposer une loi qui lie l’enseignement supérieur et la recherche, indissociables et s’enrichissant mutuellement. C’est aussi votre conviction profonde.

Cette façon de vivre l’enseignement, que je souhaiterais voir partagée par le plus grand nombre, est aussi liée à votre histoire : les développeurs créent les systèmes, mais pour les enseigner, il faut les analyser, les décomposer. Ce que l’action ne permet pas sur le moment. Systématiser ses connaissances grâce à l’enseignement, pour mieux les transmettre… J’aurais aimé être votre élève à ce moment-là de votre vie.

Mais l’enseignement ne suffit pas à absorber toute votre énergie dont on a bien compris qu’elle était intense. Scientifique brillante, vous effectuez des recherches au Laboratoire de génie informatique (LGI) où vous contribuez de façon décisive à l’évaluation des performances des systèmes informatiques répartis et parallèles. On comprend bien que l’on entre dans des systèmes complexes.

Mais, de votre point de vue, les choses sont simples. Vous développez la multifonctionnalité, la possibilité d’effectuer en parallèle des opérations complexes sur des objets et des domaines différents. La plupart de nos objets connectés bénéficient aujourd’hui de cette gestion intelligente du big data.

Mais vous l’avez fait bien avant que cela ne se généralise, en pionnère, avec d’autres. Vous travaillez sur la répartition, avec les premières applications internet. Pour que la toile existe, pour pouvoir s’y connecter, nous actionnons bien plus que notre ordinateur personnel. La gestion des informations, la circulation rapide et fiable des flux nécessitent la mise en place de réseaux et c’est en réalité toute une mise en œuvre de réseaux, de connexions qui vont permettre la transmission et la réception pertinente des messages… La répartition, c’est l’esprit du maillage.

La liste importante de vos publications, ainsi la direction ou co-direction de nombreuses thèses de doctorat l’attestent : votre réputation est solidement établie en matière de recherche fondamentale comme appliquée.

Vous mettez ainsi en place plusieurs projets dont vous assurerez ensuite la responsabilité : c’est le projet « CMAP » (Calcul Massivement Parallèle) entre 1989 et 1995, au sein des laboratoires de l’Institut Informatique et Mathématiques Appliquées de Grenoble, plus connu sur le nom d’IMAG. Un retour aux sources de votre formation.

C’est également le projet «  RAPID » mené entre 1993 et 1996. Vous co-dirigez alors un réseau national de machines parallèle, un mini-internet fonctionnant comme une zone d’expérimentation pour y tester idées, explorations et prises de risques. Le lieu rêvé pour tous les « et si… »

C’est aussi le projet « APACHE » : Algorithmique Parallèle, Programmation et Répartition de Charge : vous en êtes responsable entre 1995 et 2004. Ce programme expérimental vise à renforcer la puissance de calcul et de capacité de stockage en utilisant les progrès accomplis en matière de composants des multiprocesseurs. APACHE réunit le CNRS, l’INRIA, l’INPG et l’UJF, dans une approche originale de la programmation des machines parallèles pour le calcul haute performance.

Après avoir créé et dirigé le laboratoire informatique et distribution (ID) associant l’iMAG et le CNRS entre 1999 et 2004, vous récidivez en créant le Laboratoire d’informatique de Grenoble (LIG) en 2006 que vous dirigerez jusqu’en 2010. Ce laboratoire d’envergure, dont le projet scientifique est l’« Informatique ambiante et durable »,

réunit aujourd’hui 500 chercheurs, enseignants-chercheurs,

doctorants et personnels en support à la recherche.

Forte de votre expérience et de vos compétences, vous êtes tout naturellement nommée en 2011 directrice de Grenoble INP-ENSIMAG avant d’être élue, l’année suivante, administratrice générale de Grenoble INP. Vous devenez ainsi la première femme à la tête de ce groupe d’enseignement et de recherche, plus de 100 ans après sa création. Mais des premières fois en tant que femme, vous en avez vécu beaucoup, dernièrement avec la présidence d’Allistene, l’alliance de recherche sur le numérique ou celle de l’association pour les femmes dirigeantes de l’enseignement supérieur, la recherche et de l’innovation, l’AFDESRI. Vous allez donc m’aider à mettre en œuvre la parité prévue dans la loi sur l’enseignement supérieur et la recherche et contestée dernièrement, sous prétexte d’un vivier féminin insuffisant, contestation heureusement déboutée par le

conseil constitutionnel que je remercie au passage pour sa sagesse. Vous dites d’ailleurs avoir bénéficié deux fois de la méthode des quotas permettant d’améliorer la parité. La première à Normal Sup’ et la seconde, lorsque vous avez obtenu votre poste de professeur aux Etats-Unis. En fait, ce n’était pas un quota dans ce cas, mais une incitation pour les universités qui, chaque fois qu’elles recrutaient une femme en tant que professeur, bénéficiaient d’un demi-poste supplémentaire…

Mais, tout en appréciant ces coups de pouce, pour l’agrégation, comme pour la suite de votre parcours d’excellence, votre

progression s’est bien fondée sur vos compétences et votre engagement.

Revenons à cette première fois en tant que femme à la tête de Grenoble INP. Avec vous, à la suite de Paul Jacquet et de nombreux prédécesseurs renommés, l’école est régulièrement classée parmi les meilleures grandes écoles d’ingénieur en France et dans le monde. Avec des formations d’ingénieurs centrées sur des filières métiers, 37 grands laboratoires et une offre de services de recherche et développement renommée dans la communauté scientifique et industrielle mondiale, le groupe Grenoble INP compte plus de 5500 étudiants et 1300 personnels enseignants-chercheurs, administratifs et techniques.

Puisque nous évoquons Grenoble INP, je voudrais m’associer à l’hommage que vous avez rendu au nom de toute la communauté scientifique, à Jean-Claude Sabonnadière, récemment et trop tôt disparu. Jean-Claude, vice-président de Grenoble INP, promoteur de IN Partners, a beaucoup apporté à l’école, tant sur le plan scientifique, relationnel avec l’industrie que sur le plan humain, avec la passion, l’énergie et l’engagement que chacun lui reconnaît. Je me souviens de la qualité de la charte d’éthique produite à son initiative en l’an 2000 à l’occasion du centenaire de l’INP. Les valeurs qu’il défendait sont celles du pôle grenoblois et vous les partagez, c’est ce qui nous réunit tous.

Votre parcours montre que vous n’oeuvrez pas en solitaire et que vous avez inscrit toute votre action, y compris comme citoyenne de Saint-Martin le Vinoux, dans l’écosystème grenoblois, au service de de l’intérêt général. Je ne rappelle pas ses composantes, chacun ici les connaît, même si globalement, nous aurions intérêt à le faire savoir davantage, mais des initiatives comme Digital Grenoble, Giant après Minatec, Green-er, Pilsi, les partenariats avec Gem vont nous aider à davantage valoriser nos atouts à l’extérieur.

Ce sens du projet, du collectif, qui fait partie de l’ADN grenoblois, vous le possédez et tout au long de votre carrière, vous avez su consacrer du temps au service de la communauté scientifique et universitaire, en participant par exemple au Comité de pilotage des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche en 2012, au Comité de pilotage de la Stratégie nationale de l’enseignement supérieur en 2014, ou encore en contribuant à la relance du réseau des INP fin 2013. La confiance qui vous a été ainsi témoignée jamais été déçue. Vous vous êtes investie avec un bonheur manifeste et une belle efficacité dans ces structures de réflexion, de pilotage et de prescription.

Cet engagement a été stimulé très tôt dans votre parcours. Vous avez eu la chance, m’avez-vous raconté avec émotion, de participer à l’âge de 27-28 ans au comité de pilotage du CNRS. Vous y aviez beaucoup appris et y aviez été accueillie avec bienveillance par les grands scientifiques qui vous impressionnaient alors, comme vous devez impressionner les jeunes gens aujourd’hui.

Les encouragements de vos collègues plus expérimentés vous ont aidée dans les périodes de doute, mais aussi poussée à toujours réfléchir sur votre pratique. Pour vous, ces rencontres ont été des espaces d’ouverture intellectuelle dont vous vous nourrissez encore et vous avez à cœur, à votre tour, de mener ce travail de transmission et de mentoring des générations suivantes.

En 2010, vous êtes faite chevalier de la légion d’honneur et en 2012, votre carrière est récompensée par le Prix de la Fondation d’entreprise EADS (European Aeronautic Defence and Space company), qui vous est décerné par l’Académie des sciences. Votre parcours est reconnu par la Nation et par vos pairs. Vous pouvez en être fière.

Je voudrais évoquer, en conclusion, un combat que vous menez avec constance et détermination, un combat que je partage pleinement : la promotion de la science auprès des jeunes et, plus particulièrement, des femmes.

Fortement engagée sur cette question à l’Institut polytechnique de Grenoble (IPG), vous continuez à vous impliquer personnellement dans de nombreuses initiatives. C’est dans cet esprit que vous avez accepté de participer à l’exposition « Infinités Plurielles » en 2013, où vous êtes mise à l’honneur, parmi d’autres femmes scientifiques.

Lorsque l’on vous demande comment vous est venu cet engagement, cela paraît tout naturel.  Vous recevez un jour un appel d’une association internationale des femmes présidentes d’université et directrices d’organismes de recherche vous demandant d’intervenir dans un forum. Ne vous sentant pas forcément légitime, vous cherchez alors les coordonnées de cette association au niveau national. Et vous constatez que, vu leur faible nombre, il n’y a pas de représentation nationale les regroupant. Mais là où d’autres se seraient contentés de dénoncer ou de s’agacer, vous préférez agir et vous créez cette association.

Avec Claudie Haigneré, j’ai souvent eu l’occasion de soutenir les actions et initiatives visant à donner le goût des sciences aux jeunes filles, les inciter à suivre leur passion, et les convaincre de substituer l’audace et l’action au fatalisme.

Si aujourd’hui 80 % des femmes sont actives, elles restent fortement sous-représentées dans les filières scientifiques des sciences dites « dures ». Peu nombreuses sont celles qui choisissent les carrières scientifiques et les métiers d’ingénieurs, en particulier dans le secteur informatique. Pourtant, elles ont de meilleurs résultats au baccalauréat scientifique et sont tout aussi nombreuses que les garçons à l’obtenir !

Ce qu’il faut changer, on le voit, c’est d’abord l’état d’esprit, la confiance en soi et la représentation des métiers scientifiques. Il faut aussi en finir avec l’auto-censure des femmes elles même. Albert Einstein disait « il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé. » Mais avec votre association et la détermination qui vous caractérise, le challenge ne vous fait pas peur.

Brigitte Plateau, par votre engagement, par votre parcours, par votre enseignement et par votre investissement citoyen, vous rappelez partout que la mixité des approches est une force, une chance et une nécessité pour les sciences et la société en général.

Une société qui permet aux femmes d’accéder plus largement au monde de la science, est une société intelligente qui ne se prive pas de la moitié de ses talents ! Merci de votre engagement, qui permettra d’appliquer dans les usages le principe de parité inscrit dans la loi.

Brigitte PLATEAU, votre investissement au profit de la collectivité universitaire et de la recherche est remarquable, tout autant que vos qualités professionnelles et personnelles et c’est la raison pour laquelle la République veut aujourd’hui vous honorer.

C’est pourquoi « au nom du président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons officier de l’Ordre national du Mérite. »