Le Blog de Geneviève Fioraso

Vendredi, je représentais le Gouvernement pour les cérémonies du 70ème anniversaire de la libération de Grenoble. Une cérémonie émouvante et solennelle, en présence des associations d’anciens combattants et des Grenobloises et Grenoblois venus nombreux.

Retrouvez le discours que j’ai prononcé à cette occasion :

Monsieur le Préfet,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Monsieur le Maire de Grenoble,

Madame la Vice-présidente du Conseil général,

Monsieur le maire de Vassieux-en-Vercors, commune compagnon de la libération,

Monsieur le secrétaire général du Conseil national des communes Compagnon de la libération,

Monsieur le Général, Commandant de la 27ème Brigade d’Infanterie de Montagne,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs les Présidents et représentants d’associations d’anciens combattants,

Mesdames, Messieurs les représentants des corps consulaires,

Mesdames, Messieurs,

Le 6 juin dernier, sur la plage de Ouistreham, en Normandie, le Président de la République Française a accueilli les chefs d’Etat des Forces alliées et la chancelière allemande pour les cérémonies de commémorations du débarquement du 6 juin 1944 qui a permis à la France occupée de retrouver enfin la liberté.

Le 15 août dernier, au large des côtes du Var, à bord du bâtiment qui porte le nom du chef de la France libre, Charles de Gaulle, le président de la République française a rendu hommage aux femmes et aux hommes d’un autre débarquement. Celui de Provence, dont l’action a été soutenue par des hommes et des femmes, qui avaient refusé de suivre le gouvernement de Pétain dans sa soumission au régime nazi, au sacrifice de leur propre vie.

Aujourd’hui, nous célébrons une ville qui a manifesté sa volonté de libération grâce à des faits héroïques et au courage d’hommes et de femmes qui se sont battus afin que, 70 ans plus tard, Grenoble soit libérée. Nous commémorons un événement qui marque l’aboutissement d’une bataille engagée par une Résistance irréductible qui contribua à élever Grenoble au titre de Ville Compagnon de la Libération et capitale des Maquis.

Cette période de notre histoire contemporaine occupe une place centrale dans la mémoire collective, et c’est l’occasion de nous rassembler et de nous recueillir autour d’événements qui ont marqué durablement notre histoire commune.

Je ne rappellerai que quelques uns de ces événements héroïques et tragiques.

Tout d’abord, la manifestation d’ampleur du 11 novembre, à l’automne 1943, qui se solda par 600 arrestations suivies de 395 déportations, puis les journées du 25 au 30 novembre connues sous le nom de la « Saint-Barthélemy grenobloise » qui ont vu tomber nombre de chefs historiques de la résistance.

Sans oublier les explosions successives du polygone d’artillerie et de la caserne de Bonne des 14 novembre et 2 décembre 1943 où se trouvaient entreposés les stocks d’armes allemandes, et la terrible riposte allemande, avec la déportation de 3000 personnes, parmi lesquelles 1200 juifs dont seule la moitié survécut à l’horreur des camps, sans oublier le massacre de 48 prisonniers au polygone, dans la nuit du 21 au 22 août 1944.

Commémorer la Libération de Grenoble, c’est aussi rendre hommage à tous ces combattants et combattantes, connus ou de l’ombre, des Francs Tireurs aux Mouvements Unis de la Résistance, de Grenoble aux maquis du Vercors, de l’Oisans ou de la Chartreuse. Ils ont tous contribué, par leur sacrifice, à cette lutte pour la liberté, au sein de la Résistance. Je pense notamment à Alain Le Ray, Pierre Dalloz, Jean Prévost, Yves Farge, Léon Martin, Eugène Chavant, Jean Perrot, le Doyen Gosse et son fils Jean, le commandant Nal et son adjoint Requet, Marie Reynoard, l’abbé Groues devenu l’abbé Pierre, Jean Pain, pour n’en citer que quelques uns.

Ces hommes, ces femmes, étaient animés par l’idéal d’une France libre, au sein de laquelle chaque homme, chaque femme, quelles que soient ses origines, ses convictions idéologiques ou religieuses, pourrait vivre dans la dignité.

C’est grâce à eux que Grenoble a été libérée le 22 août 1944. Ceux parmi vous qui étaient présents se souviennent de ce jour de liesse populaire, où la ville recouvrait enfin la liberté. L’armée allemande l’avait abandonnée avant l’aube, menacée par l’avancée des armées alliées débarquées en Provence.

Lors du 70ème anniversaire du débarquement de Provence, le Président de la République a tenu à rendre hommage aux armées alliées, à « ces hommes qui étaient bien plus que des soldats ; ils n’envahissaient pas un pays, ils le faisaient renaître. Ils combattaient d’autres hommes mais ils ne les haïssaient pas parce que c’était l’idée même de la haine qu’ils entendaient combattre ».

Je veux aujourd’hui solennellement et au nom du Gouvernement rendre hommage à ces résistants, que certains d’entre vous ont connus ou ont été. Leur refus de voir bafouées les valeurs fondatrices de la République et de la démocratie, leur ambition d’une France qui permette à chacun de vivre dans la dignité, leur espoir en une France libérée ont permis à notre pays de rester le pays des Lumières, du combat pour le savoir et contre la barbarie.

En tant que secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, je veux aussi rappeler que Grenoble a été marquée par l’héroïsme de la jeunesse résistante.

Je veux notamment saluer l’engagement des étudiants du sanatorium de Saint-Hilaire-du-Touvet, au sein duquel des juifs et des résistants étaient abrités, des armes étaient cachées, et où une imprimerie clandestine fonctionnait au sous-sol.

La Résistance, à Grenoble comme ailleurs, fut un pont entre le passé et l’avenir et cette commémoration est également l’occasion de sensibiliser les nouvelles générations à cette période tragique de l’histoire. C’est un hommage aux survivants et le rappel des valeurs qu’ils ont défendues : le courage, le souci constant de la justice, de la solidarité, de la tolérance et du respect des différences.

C’est dans cet esprit que je veux remercier Michel Destot qui, avec ses équipes municipales successives, en association avec l’ensemble des acteurs concernés et tous les Grenoblois et les Isérois, a toujours eu à cœur de faire vivre les valeurs de la Résistance, plus que jamais d’actualité. Ce 70ème anniversaire de la Libération de Grenoble doit beaucoup à cette vigilance constante qui continue aujourd’hui.

J’ai rappelé hier, lors de l’inauguration de la place de la Résistance, sur la Presqu’île scientifique, cette phrase de René Char : « Résistance n’est qu’espérance ». Espérer, c’est faire le choix de la vie, de l’avenir, de la possibilité d’un monde meilleur, plus fraternel, plus juste.

Ce 70ème anniversaire est l’occasion de transmettre la gratitude, la reconnaissance que la France tout entière porte à ces femmes et à ces hommes qui ont fait, il y a 70 ans, le choix de résister et d’espérer. Nous leur devons tant. Grâce à eux nous vivons dans la liberté, au sein d’une Europe de la paix, qui a mis fin à des siècles de guerre et qui rassemble toujours plus de pays engagés dans la voie de la coopération.

Alors que le monde traverse des crises violentes, que ce soit en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie ou plus près de nous, en Ukraine, nous devons nous montrer dignes de ceux qui ont donné leur vie pour nous, il y a 70 ans. La lutte contre la barbarie, le fanatisme, l’obscurantisme doit être poursuivie sans relâche avec détermination, mais sans haine. Nous devons nous aussi faire le choix de l’espérance, pour que la liberté, la justice, la solidarité soient enfin possibles pour tous.

A Grenoble, vous avez, nous avons, en tant que ville Compagnon de la Libération et capitale des maquis, une responsabilité particulière dans la défense et la promotion de ces valeurs fondamentales qui ont fondé la construction d’une Europe de la paix, pour la première fois de notre histoire.

Je vous remercie de contribuer à ce combat humaniste essentiel, partagé par tous les démocrates et les républicains.