Ou, autre chiffre, 2 millions de milliards de calculs à la seconde… Ce sont les performances incroyables permises par le supercalculateur Curie que j’ai inauguré officiellement il y a quelques jours sur le site CEA du centre de calcul de Bruyères le Châtel et qui est aujourd’hui le numéro 1 des calculateurs européens et numéro 9 au monde. Conçu par la société Bull, ce calculateur a été initié par GENCI, le Grand Equipement National de Calcul Intensif, créé en 2007 et présidée par Catherine Rivière avec une vraie ambition. Ce centre, qui bénéficie du partenariat du CEA, du CNRS, de l’Inria et de la Conférence des Présidents d’Université, a en effet marqué le retour de la France dans la course mondiale au calcul haute performance. Pourquoi le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a-t-il soutenu financièrement ce supercalculateur dont je salue aussi le nom, celui de Marie Curie, chercheuse audacieuse et passionnée à qui nous devons tant ? Tout simplement parce qu’il permet, par sa puissance et par le nombre de données qu’il peut traiter en même temps, des avancées scientifiques absolument extraordinaires pour la recherche fondamentale et qu’il est aussi un outil de compétitivité mis à disposition des entreprises, grâce à sa capacité à réaliser des simulations très complexes.

Avec Bernard Bigot, Administrateur général du CEA, Philippe Vannier, PDG de Bull et Catherine Rivière, Présidente de GENCI - crédit @CADAM

Un calculateur utile à la recherche fondamentale et à la compétitivité industrielle

Deux démonstrations extraordinaires nous ont été présentées par deux chercheurs du CNRS. Le projet de Michel Caffarel, tout d’abord, consiste à comprendre le rôle joué par les interactions chimiques des molécules dans la maladie d’Alzheimer. Le calculateur Curie, qui permet de simuler 100 000 milliards de mouvements au cœur de la matière vivante, est ainsi à l’origine de la compréhension de nouveaux phénomènes dans la formation de cette maladie qui touche de plus en plus de personnes avec l’allongement du temps de la vie. La seconde démonstration, faite par Jean-Michel Alimi, dans le domaine de l’astrophysique a constitué une première mondiale, puisque, là encore, la puissance de cet hypercalculateur et sa capacité de modélisation a permis de reconstituer l’évolution de la structure de l’univers, du big bang à nos jours.

Cette même puissance de modélisation et de simulation, un élément décisif pour la compétitivité de notre industrie, est mise à disposition des grands groupes et, dans une version Curie simplifiée, des PMI et PME, grâce à un dispositif co-financé par Oséo.

On voit bien l’intérêt d’un tel équipement qui bénéficie à la fois à la recherche fondamentale, à la recherche médicale et à la diffusion d’innovations dans le secteur de la recherche, de l’industrie et des services. C’est bien ainsi que l’on maintiendra et créera des emplois, au moment où, malheureusement, nous déplorons chaque jour des suppressions d’emplois industriels. Le prochain calculateur, auquel travaillent déjà des équipes de Bull et des chercheurs, pourrait voir le jour d’ici cinq ans : il serait de 20 à 30 fois plus puissant…