« Geneviève FIORASO en appelle à l’Europe ».
Venue inaugurer les plateformes Pictic et Poudr’innov sur le site du CEA Grenoble, j’ai répondu aux questions d’Olivier Pentier sur l’innovation, la place de l’enseignement supérieur et de la recherche, l’Europe. Retrouvez mon interview dans l’édition du 29 juin du Dauphiné Libéré : http://www.ledauphine.com/isere-sud/2012/06/29/genevieve-fioraso-en-appelle-a-l-europe
DL : Des assises régionales, puis nationales, se tiendront à la rentrée. En attendant d’entendre les questionnements de la communauté universitaire à cette occasion, vous multipliez les visites sur le terrain. Pour dégager de premières priorités?
« Ma démarche est claire et je l’ai annoncé dès ma nomination. Je souhaite avant tout rétablir le dialogue et la confiance avec les chercheurs et la communauté universitaire. Je ne souhaite pas faire des annonces et promesses mais avancer avec pragmatisme et concertation. C’est pourquoi, conformément aux engagements du Président de la République, j’ai souhaité lancer dès l’automne des Assises de l’Enseignement supérieur et de la recherche, d’abord territoriales puis nationales. Cette large consultation des acteurs de la recherche et de l’enseignement supérieur, du monde socio-économique, de la société civile permettra de nourrir la nouvelle loi d’orientation qui sera déposée début 2013 au Parlement, qui remplacera la loi LRU, en corrigeant les dysfonctionnements de cette loi et en redonnant toute sa place à la collégialité. Je ne suis pas contre l’autonomie mais l’autonomie sans les moyens est un leurre ».
DL: Les bâtiments du plan Campus sont toujours attendus …
« Là encore il n’est pas question de ne pas tenir compte du travail réalisé. Je ne suis pas contre les partenariats publics privés mais force est de constater que 4 ans après, pas un bâtiment n’est sorti de terre et seules les collectivités territoriales ont débloqué des moyens financiers. Nous rencontrons actuellement tous les acteurs du plan Campus pour faire un bilan et accélérer les réalisations. Un groupe de travail va d’ailleurs être lancé sur les PPP. De même, j’ai demandé aux services du Ministère de procéder à un état des lieux précis de la mise en œuvre des investissements d’avenir, en lien et en accord avec le Commissariat Général à l’Investissement. Sur les 35 Md€, 22 concernant les thématiques du Ministère de l’enseignement supérieur et de la Recherche. L’orientation générale est de restaurer la confiance, simplifier les procédures, remettre de la collégialité dans les processus de décisions et toujours préférer la coopération, la confiance, le réseau, à la compétition effrénée entre les sites. Sur tous ces points, j’ai récemment échangé avec Louis Gallois, nommé la semaine dernière Commissaire Général à l’Investissement. »
DL : Avez-vous eu déjà eu un retour de l’audit de la Cour des Compte sur les moyens budgétaires ?
« L’audit devrait être remis début juillet mais nous avons eu ce lundi un séminaire inter-gouvernemental concernant la préparation du budget pluriannuel 2013-2015 et du projet de loi de finances pour 2013. L’enjeu est important. Il s’agit de tenir les engagements pris lors de la campagne en faveur de la jeunesse, de la recherche, de la formation, du redressement productif tout en veillant aux équilibres des comptes publics. Les contraintes financières sont fortes et il nous faudra procéder à des arbitrages. Dans mon propre Ministère, j’ai constaté certaines impasses budgétaires, à l’instar du 10ème mois de bourse, promesse faite aux étudiants, qui n’était pas financé ni en 2012 ni en 2013. Des projets internationaux et partenariaux ont eux aussi fait l’objet d’impasses budgétaires. C’est pourquoi, dans toutes mes rencontres, que ce soit avec le CNESER (représentation syndicale de tous les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche), la Conférence des Présidents d’Université, les responsables des organismes de recherche nationaux, la Conférence des Recteurs, tout comme avec les syndicats étudiants, de chercheurs et d’enseignants chercheurs, j’ai insisté sur les priorités : amélioration de la vie étudiante et réussite en premier cycle pour le plus grand nombre d’étudiants, réforme de la formation des enseignants, excellence partagée entre les sites universitaires et de recherche dans un cadre administratif simplifié, équilibre à retrouver entre financements pérennes et appels à projets, attention particulière pour la recherche fondamentale et les sciences humaines et sociales en région. »
DL : Allez-vous solliciter l’aide de l’Europe pour y parvenir ?
« L’échelon européen est indispensable si nous voulons donner de la force à notre recherche et la France n’est pas aujourd’hui suffisamment présente. Dans le cadre du dernier PCRDT, la France représente en effet moins de 11 % dans les projets présentés alors que nous contribuons aux recettes de l’Union Européenne à hauteur de 16 % et que nous sommes un des pays où la recherche est développée. Notre niveau de participation devrait avoisiner les 20%. Je me suis donc engagée à être davantage présente à Bruxelles à la fois pour renforcer la part des financements européens dans nos projets de recherche, qu’ils relèvent de la recherche fondamentale, orientée ou technologique (PCRDT, Era-net, ERC, KETS, EIT…) et pour construire une véritable Europe de la recherche et de l’innovation à une échelle qui nous permette de maintenir notre industrie et de créer des emplois innovants dans de nouvelles filières (énergies renouvelables, santé…) tout en répondant aux grands enjeux sociétaux. J’ai ainsi participé mi-juin au conseil de la compétitivité, qui réunit, à Bruxelles, l’ensemble des ministres européens de l’enseignement supérieur et la recherche. A l’instar du travail de concertation mené sur d’autres dossiers avec mes collègues Arnaud Montebourg, Fleur Pellerin, sur l’innovation et Vincent Peillon sur la formation, je travaillerais sur cette question en lien étroit avec Bernard Cazeneuve, Ministre délégué chargé des Affaires européennes. »
DL : L’écosystème grenoblois recherche/université/industrie a-t-il toujours valeur d’exemple à suivre en France ?
« Grenoble jouit d’un écosystème formidable, né au milieu du 19ème siècle et qui s’est développé depuis sans interruption, avec des personnalités qui ont successivement joué le rôle de locomotives. L’inauguration des plateformes technologiques PICTIC et POUDR’INNOV, au service des PME comme des grands groupes industriels, en est une très belle illustration. Notre mission est d’entretenir et de développer cet écosystème. Ma mission en tant que Ministre est de m’inspirer des initiatives locales innovantes, à Grenoble comme sur le reste du territoire, pour que le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche contribue plus largement à l’élévation du niveau de formation pour le plus grand nombre et au redressement de notre économie. »





