Au gouvernement, un maître mot : la concertation, avant l’action, et la rupture avec une pratique d’effet d’annonces
Les consignes données en Conseil des ministres sont claires : pas d’effet d’annonce avant de connaître les marges de manœuvre budgétaires, ce qui sera précisément le cas au moment où la Cour des Comptes, mandatée par le Président de la République et le Premier Ministre, rendra son audit sur la situation budgétaire réelle de l’Etat. Au niveau du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, nous avons déjà identifié des engagements faits et médiatisés par mon prédécesseur et qui ne sont pas budgétisés, pour des montants s’élevant à plusieurs centaines de millions… Je comprends mieux pourquoi le MESR a demandé cette année aux universités de geler une partie de leur budget, pour un montant deux fois supérieur à celui de l’an dernier : le moyen pour le gouvernement précédent de financer des actions annoncées mais pas budgétisées…
La circulaire Guéant abolie 1 an jour pour jour après sa promulgation !
Pour autant, la période est chargée. La première décision a été la révision de la circulaire Guéant qui restreignait l’accès à notre pays aux chercheurs et étudiants étrangers. Quand on sait à quel point la France manque de docteurs par rapport à des pays comme l’Allemagne, les Etats Unis, les pays scandinaves et que 40 % de nos docteurs sont étrangers, on mesure l’absurdité de la circulaire Guéant sur le plan du rayonnement et de la culture mais aussi sur le plan économique. Sans compter le signal de repli sur soi et de rejet de l’altérité donné au niveau international par notre pays, pourtant berceau des droits de l’Homme et de l’universalité. C’est la raison pour laquelle nous travaillons depuis une semaine, Manuel Valls, Ministre de l’Intérieur, Michel Sapin, Ministre de l’emploi, du travail et du dialogue social et moi, à la rédaction d’une nouvelle circulaire remplaçant l’ancienne. Nous avons pris le temps de consulter les premiers concernés, c’est-à-dire les étudiants et les chercheurs. Cette nouvelle circulaire ne réglera pas toutes les difficultés auxquelles se heurtent les étudiants et chercheurs étrangers et un travail s’est déjà engagé pour trouver des solutions globales, en concertation, permettant d’accueillir dans les meilleurs conditions les talents venus de l’étranger, qui seront ensuite nos meilleurs ambassadeurs dans le monde.
La réussite des étudiants, leur orientation et leur insertion au cœur de mes priorités
Je l’ai dit, les contraintes financières sont fortes et il nous faudra procéder à des arbitrages. C’est pourquoi, dans toutes mes rencontres, que ce soit avec le CNESER (représentation syndicale de tous les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche), la Conférence des Présidents d’Université, le Conseil scientifique du CNRS, les responsables des organismes de recherche nationaux, le Conseil des Recteurs, tout comme avec les syndicalistes étudiants, chercheurs et enseignants chercheurs, j’ai insisté sur ce que je considère comme la priorité des priorités : tout faire pour assurer la réussite en premier cycle au plus grand nombre d’étudiants. Cela suppose une action volontariste sur l’environnement de l’étudiant : logement, offre de restauration universitaire, accès aux soins (une enquête récente a démontré que les étudiants étaient de plus en plus nombreux à ne se faire soigner ni les dents, ni les yeux et bénéficiaient de moins en moins en moins d’une mutuelle, faute d’argent), allocation d’études fonction des ressources parentales, pédagogies plus personnalisées (alternance, bibliothèques à forte amplitude horaire, réduction des cours dans des amphis bondés, tutorat, passerelles entre filières, enseignement plus généraliste les deux premières années d’université…). Cela suppose aussi que la fonction d’enseignement soit mieux reconnue dans la carrière d’un enseignant chercheur, que les innovations pédagogiques et la recherche en sciences de l’éducation soient encouragées, que la formation des professeurs, de tout niveau, soit revue et qu’elle comprenne à nouveau une formation pratique, en situation, avec l’accompagnement d’un enseignant confirmé. Nous nous sommes déjà mis au travail, avec le ministre de l’Education, Vincent Peillon, pour définir ensemble des propositions qui seront soumises à concertation.
Retrouver la confiance avec tout le personnel des universités et organismes de recherche
La seconde priorité est de retrouver la confiance et renouer le dialogue avec la communauté universitaire et des chercheurs. Le discours méprisant de Nicolas Sarkozy en janvier 2009 a profondément mortifié les chercheurs. Il est d’ailleurs en grande partie à l’origine des mouvements sociaux qui se sont produits dans les universités cette année-là. Des assises vont donc être organisées, au niveau régional puis national, sur la base de propositions : elles donneront lieu à la proposition d’un projet soumis au Parlement, début 2013, d’une loi d’orientation de l’enseignement supérieur et de la recherche qui se substituera à la loi LRU. De même, j’ai demandé aux services du MESR de procéder à un état des lieux précis de la mise en œuvre des investissements d’avenir et de leur financement, réel, avant de faire des propositions de rééquilibrage entre les sites dotés et les autres et de modification des montages financiers et juridiques (je pense à l’absurdité des montages juridiques imposés par les précédents ministres de Partenariats Public-Privé qui consacrent la moitié des fonds publics au paiement d’intérêts de remboursement aux organismes financiers prêteurs). Tout cela sera revu et rectifié au vu des résultats de l’audit en cours. L’orientation générale est de restaurer la confiance, simplifier les procédures, remettre de la collégialité dans ses processus de décisions et toujours préférer la coopération, la confiance, le réseau à la compétition effrénée entre les sites.
L’Europe de la recherche au cœur de la croissance
Jeudi dernier, j’ai participé à la réunion que tiennent régulièrement à Bruxelles l’ensemble des ministres européens de l’enseignement supérieur et la recherche. L’échelon européen est indispensable si nous voulons donner de la force à notre recherche et la France n’est pas aujourd’hui présente au niveau qu’elle mériterait. Dans le cadre du dernier PCRDT, la France représente en effet moins de 11 % dans les projets présentés alors que nous contribuons aux recettes de l’Union Européenne à hauteur de 16 %. Comme notre niveau de recherche est bien supérieur à la moyenne de l’Europe, notre pays devrait représenter a minima 18 % des projets du PCRDT. Je me suis donc engagée, avec les services du ministère, à être davantage présente à Bruxelles à la fois pour renforcer la part des financements européens dans nos projets de recherche, qu’ils relèvent de la recherche fondamentale, orientée ou technologique (PCRDT, Era-net, ERC, KETS, EIT…) et pour construire une véritable Europe de la recherche et de l’innovation à une échelle qui nous permette de maintenir notre industrie et de créer des emplois innovants dans de nouvelles filières (énergies renouvelables, santé…) tout en répondant aux grands enjeux sociétaux, avec la participation à amplifier des Sciences Humaines et Sociales (vieillissement, réchauffement climatique, numérique…).
A l’occasion de cette journée, j’ai beaucoup apprécié le commentaire de la Commissaire européenne à la recherche, Mrs Geohegan Queen, une irlandaise pourtant libérale, qui a qualifié le Président de la République Française d’un enthousiaste « François Hollande, my heroe ! » tant l’affirmation d’une politique de croissance basée sur la connaissance et l’innovation donnait davantage de poids aux politiques menées dans ce domaine au niveau européen. Je suis déterminée à inscrire bien davantage nos projets de recherche dans cet environnement européen qui leur donnera l’ampleur méritée.







