Le Blog de Geneviève Fioraso

Brigitte Plateau, Administratrice Générale de Grenoble INP, Claude Ricaud, Président de la Fondation Partenariale Grenoble INP et Marc Boillot, Directeur de la Stratégie et des grands projets d’ERDF ont annoncé mardi dernier la création d’une chaire industrielle d’excellence consacrée aux « smart grids », les réseaux intelligents. 

Je représentais la Métro, aux côtés de François Loos, Président de l’Ademe, à la cérémonie de signature de cette première chaire industrielle française.

L’informatique et de nouveaux usages pour économiser l’énergie, sans dépenser plus

Rencontre entre le logiciel et les technologies de l’énergie, deux expertises d’excellence du pôle grenoblois, les réseaux intelligents sont l’une des solutions permettant à la fois d’économiser l’énergie et d’utiliser au meilleur moment et au moindre coût la source d’énergie la moins polluante possible. Ils permettent donc de gérer les périodes de pointe de consommation de l’électricité, qui sont celles où l’on fait appel aux énergies les plus polluantes et les plus chères, les énergies fossiles (charbon, fuel…). Ils pourront aussi éviter, en période de forte consommation (grand froid par exemple), un « black-out » dans les régions les plus vulnérables, la Bretagne et Paca.

L’autre avantage des réseaux intelligents est de réconcilier et de concilier les énergies renouvelables, qui sont intermittentes (en attendant que l’on sache les stocker à l’échelle nécessaire) et dont la production est décentralisée (solaire, biomasse, éolien…) avec les énergies permanentes et à gestion centralisée (nucléaire). En  gérant « intelligemment » le raccordement au réseau, aujourd’hui peu adapté aux énergies renouvelables, ils permettent aussi au réseau électrique français de s’adapter à la diversité des nouveaux usages et des modes de production différents.

En tant que parlementaire et élue locale, j’ai toujours défendu le déploiement des réseaux intelligents qui doit se faire à la fois au niveau national et local. Au niveau national, cela induit une évolution des décideurs de l’énergie, « formatés » par le centralisme du nucléaire, et au niveau régional et local, cela implique un engagement fort des collectivités publiques, aux côtés d’acteurs publics et privés, dans des expérimentations concrètes, avec une évaluation et une généralisation de cette expérience. C’est ce que nous avons engagé sur le site de la Presqu’île Scientifique, dans le cadre du projet Eco-cités, dont les bonnes pratiques en matière d’énergie ont vocation à être disséminées ensuite dans toute l’agglomération.

Claude Ricaud, Président de la Fondation Grenoble INP, Schneider Electric,François Loos, Président de l'Ademe, ancien Ministre, Nouredine Hadjsaid, responsable de la chaire industrielle, Brigitte Plateau, Administrateur général de Grenoble INP, Jean-Claude Sabonnadière, Marc Boillot, Directeur de la Stratégie et des grands projets d’ERDF, Olivier Métais, directeur de ENSE3

 

Des questions posées et des interrogations à lever

Cette démarche de gestion et d’utilisation « intelligente » de l’énergie par une régulation informatisée, en dépit de tous les avantages décrits, suscite pourtant des objections auxquelles les expérimentations devront aussi répondre : quel mode de facturation pour les usagers qui utiliseraient à terme des sources d’énergie différentes pour le chauffage, le rechargement du véhicule électrique, l’éclairage, les équipements ménagers et informatiques ? Quelle transparence pour l’usager vis-à-vis de sa consommation et de la facturation, le tout étant géré par un compteur communicant du type de celui lancé par ErDF, Linky, dont l’informatique a été conçue et réalisée par la société grenobloise Atos WorldGrid et qui fait l’objet d’une expérimentation à Lyon et Grenoble dans le cadre d’un projet commun appelé Greenlys ? Certains craignent aussi le manque de confidentialité généré par une gestion échappant à l’usager. En effet, une gestion plus économe de l’énergie implique que l’utilisateur accepte qu’un système informatique décide à sa place de l’heure de sa lessive (en choisissant les heures dites creuses) ou déleste son congélateur aux heures de pointe…

Certains ont même évoqué un phénomène de « big brother » qui permettrait de connaître les détails de votre activité au domicile en fonction de votre consommation d’électricité ! Même si tout cela est exagéré (il y a aussi des caméras dans les trams, dans les banques et personne ne s’en plaint car l’avantage est reconnu en termes de sécurité et que dire du téléphone portable qui permet de reconstituer vos journées, en contrepartie, acceptée, des avantages permis par son utilisation…) Il y a sûrement des ajustements à trouver et une inquiétude à apaiser, une confidentialité à assurer, mais l’enjeu environnemental et économique doit nous permettre de dépasser une polémique dont il faut absolument éviter qu’elle ne bloque le développement d’une initiative essentielle pour réussir la transition énergétique. Un partenariat entre technologues et experts en sciences sociales et humaines, ainsi qu’une grande transparence sur la facturation et la gestion des informations recueillies devrait permettre de répondre aux questions posées, parfois à juste titre.

visite de la plateforme PREDIS avec François Loos, président de l'Ademe

 

Un enjeu pour notre développement local

A Grenoble, nous avons un intérêt particulier pour les réseaux intelligents, à cause de notre expertise ancienne et reconnue dans le secteur de l’énergie et du logiciel, avec l’Institut Carnot Energie du futur, la future école de l’énergie de Grenoble INP, GreenEr, en partenariat avec l’UJF, des laboratoires et plateformes d’excellence, comme le CEA/Liten, G2lab ou la plateforme expérimentale PREDIS (UJF, Grenoble INP, CNRS…), de nombreux industriels (Schneider Electric, Siemens, ERDF, Alstom Hydro, Atos World Grid, mais aussi des PME comme H3C énergies, la Sem GEG, CorysTess) impliqués sur des projets communs dans les pôles de compétitivité Minalogic et Tennerdis.

La chaire d’excellence lancée officiellement pour la rentrée prochaine, avec le soutien de François Loos, Président de l’Ademe, co-financée avec des partenaires privés du domaine, vient conforter cette dynamique qui, tout en créant des emplois et en développant des compétences dans une nouvelle filière, contribuera à nous développer de façon plus économe, plus sobre, en un mot, plus intelligente et en réseau, grâce aux smart grids.

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