Le Blog de Geneviève Fioraso

Ce mercredi, j’ai présenté à la presse, au nom de l’Office Parlementaire des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST) mon rapport sur « Les enjeux de la biologie de synthèse ».

S’appuyant sur quelques 160 auditions réalisées en France, au Royaume-Uni, en Suisse, en Allemagne, aux Etats-Unis, au Canada et en Italie, ce rapport, fruit d’une année d’auditions et de travail, vise :

– d’une part à informer, en amont, le Parlement et les pouvoirs publics sur les enjeux de la biologie de synthèse en établissant un état de l’art mondial et du positionnement de notre pays en termes de formation, recherche et transfert de technologies

– d’autre part à proposer des recommandations sur les questions éthiques, sociétales, démocratiques, économiques que suscite cette discipline émergente, méconnue du grand public.

Lors de la conférence de presse, aux côtés de François Képès, directeur du Programme d’épigénomique au Génopole d’Evry et de Magali Roux, directrice de recherche au CNRS, tous deux membres du comité scientifique

Si le 20ème siècle a connu l’explosion des technologies de l’information et de la communication, avec un impact considérable sur nos modes de vie, notre économie, le 21ème siècle sera, j’en suis convaincue, marqué par les formidables évolutions des sciences et applications du vivant. D’ores et déjà, ce qu’on appelle la bioéconomie représente 12% du PIB des Etats-Unis, avec une marge de progression forte. Ainsi, les dépenses de santé en Europe, même en période de crise, ont cru de 5% par an au cours des 5 dernières années. Et pourtant, nous ne sommes encore qu’au début des retombées économiques et sociales des connaissances acquises en sciences de la vie.

Tantôt considérée comme une science nouvelle ou comme l’évolution naturelle de la biologie moléculaire et de la biologie des systèmes, la biologie de synthèse est au cœur de cette révolution du vivant. Quelle que soit la définition retenue, elle représente une rupture, tant pour la recherche fondamentale (permettant de mieux comprendre le fonctionnement du vivant) que pour la recherche appliquée, notamment du fait de son approche interdisciplinaire qui mêle recherche scientifique et utilisation de technologies accélérant les connaissances.

Le potentiel des applications de la biologie de synthèse concerne tous les enjeux auxquels notre planète est confrontée : changement climatique, crise énergétique (avec des bio-carburants moins consommateurs d’énergie et  moins émetteurs de gaz à effet de serre), questions environnementales (avec la bio-remédiation utile à la dépollution), santé avec de nouvelles thérapies, plus ciblées, plus efficaces et comportant moins d’effets secondaires, la lutte contre les pandémies, la malaria, les maladies neurodégénératives…

Dans ce contexte, on voit bien l’intérêt pour les politiques et les institutions de se saisir de ce sujet émergent et fortement innovant, très en amont et en toute transparence.

En effet, par la diversité des retombées attendues, la biologie de synthèse pose de véritables questions économiques, avec tous les enjeux forts liés à la brevetabilité du vivant et la nécessité de maintenir l’accès aux données du vivant pour l’avancement des recherches. L’acceptabilité de la biologie de synthèse dépendra beaucoup des modèles économiques proposés. D’où l’importance accordée dans ce rapport aux règles et pratiques de la propriété intellectuelle et industrielle et à leur adéquation à un domaine aussi interdisciplinaire et évolutif que la biologie de synthèse.

Elle pose aussi des questions éthiques, sociétales, démocratiques. M’appuyant sur le principe retenu par la commission présidentielle américaine de bioéthique, selon laquelle « la science est une ressource partagée appartenant à tous les citoyens et les concernant tous », j’ai émis plusieurs propositions, issues de bonnes pratiques, observées notamment au Royaume-Uni, afin de favoriser un dialogue citoyen transparent, serein et constructif sur la biologie de synthèse.

Si l’acceptabilité des développements de la biologie de synthèse dépendra de la qualité de ce dialogue entre communauté scientifique, les politiques et les citoyens, elle nécessite aussi une prise en compte et une maîtrise des risques/bénéfices au niveau international, justifiées par le caractère transfrontières de la biologie de synthèse et adaptées à sa spécificité. L’acceptabilité des développements de la biologie de synthèse, et plus globalement des technologies et avancées scientifiques, passe également par une responsabilisation accrue du politique. Comme l’affirmait François Hollande, lors de son intervention au forum de l’innovation, Futurapolis, à Toulouse, samedi dernier, nous devons « redonner confiance dans le progrès, dans la science, dans l’innovation ». Cela passe certainement par une approche renouvelée de la formation et de la recherche, qui intègre davantage l’interdisciplinarité mais aussi les sciences humaines et sociales et les  recherches sur la toxicologie, la biosécurité, et ce très en amont et en toute transparence.

Il faut également encourager et développer dès le plus jeune âge l’intérêt pour la science et la technologie, préalable à des échanges sereins sur des sujets aussi complexes que la biologie de synthèse. Enfin, il me paraît surtout essentiel de redonner du sens aux investissements que l’on fait en matière de recherche. Je ne peux que regretter que les Investissements d’Avenir n’accordent pas une place plus importante aux sciences et technologies du vivant (et aucune à la biologie de synthèse) et encore moins à leurs applications.

La France possède des compétences fortes : excellence des laboratoires de biologie moléculaire, très haut-niveau de notre école d’informatique et de mathématiques, expertise reconnue internationalement de physiciens toujours à recherche de nouveaux champs d’investigation. Faute d’une politique suffisamment volontariste, il ne faudrait pas que notre pays, comme nous alertait récemment le neurologue et neurologiste Hervé Schneiweiss « rate le train de la bioéconomie ».

Vous pouvez consulter mon rapport en ligne sur http://www.assemblee-nationale.fr/commissions/opecst-index.asp