Le Blog de Geneviève Fioraso

Cette semaine, j’ai animé 2 table-rondes et présidé une réunion de travail sur les sciences du vivant, les biotechnologies et la biologie de synthèse, à la fois comme membre de l’OPECST (Office Parlementaire des Choix scientifiques et Technologiques) et responsable innovation dans l’équipe de campagne de François Hollande.

Les deux premières, à l’OPECST puis à la Fondation Jean-Jaurès, concernaient la biologie de synthèse.
La troisième, sur le thème de la recherche biomédicale, s’inscrivait dans un forum sur la santé initié par François Hollande et qui a connu une grande affluence, en particulier pour la session consacrée à l’hôpital tant la situation des hôpitaux publics est aujourd’hui préoccupante.

Dans ces réunions, j’ai retrouvé, avec plaisir, certains des experts scientifiques et industriels (comme François KEPES, directeur du Programme d’épigénomique au Génopole d’Evry, Magali ROUX, directrice de recherche au CNRS…), que j’ai auditionnés dans le cadre du rapport que je présenterai la semaine prochaine à l’Assemblée Nationale.
Si le 20ème siècle a connu l’explosion des technologies de l’information et de la communication, avec un impact considérable sur nos modes de vie, notre économie (on a parlé de la « révolution internet »), le 21ème siècle sera, j’en suis convaincue, marqué par les formidables évolutions des sciences du vivant. On parle déjà de bioéconomie et les chiffres sont éloquents : le seul domaine de la santé humaine représente aujourd’hui 12% du PIB américain. Et, dans un contexte économique déprimé, l’industrie du médicament (premier poste à l’export avec la chimie pour la France !) a cru de 5% en Europe. Enfin, une récente étude évalue le coût des maladies du cerveau, pour les 514 millions d’habitants de l’Union Européenne, à 798 milliards d’euros pour la seule année 23010. Ce coût est en progression constante, en particulier à cause de l’allongement de la durée de la vie.

Christine PETIT, professeur au Collège de France et à l'Institut Pasteur, Alain FISCHER, Grand Prix Inserm de la recherche médicale, membre de l’Académie des sciences, Christian BRECHOT, Vice-Président de l’institut Mérieux, ancien DG de l’Inserm, José SAHEL, Directeur scientifique de l’Institut de la Vision, membre de l’Académie des sciences,

La biologie de synthèse est au cœur de cette révolution du vivant. Le potentiel des applications de la biologie de synthèse concerne tous les enjeux auxquels notre planète est confrontée : changement climatique, crise énergétique (avec des bio-carburants moins consommateurs d’énergie et  moins émetteurs de gaz à effet de serre), questions environnementales (avec la bio-remédiation utile à la dépollution), santé avec de nouvelles thérapies, plus ciblées, plus efficaces et comportant moins d’effets secondaires, la lutte contre les pandémies…
Compte tenu des retombées industrielles attendues, la biologie de synthèse pose également la question du modèle économique, avec les enjeux liés à la brevetabilité du vivant et la nécessité de maintenir l’accès aux données du vivant pour l’avancement des recherches..
Enfin, elle amène à s’interroger sur les questions d’éthique, d’acceptabilité, d’analyse et de maîtrise des risques potentiels. Autant de questions qui nécessitent d’engager, dans les programmes scientifiques, des actions de recherche et de formation sur l’écotoxicité, la biosécurité, et d’associer les chercheurs en sciences humaines et sociales pour réfléchir de concert aux impacts sociétaux, éthiques, économiques, environnementaux des recherches et applications de la biologie de synthèse.

C’est tout l’enjeu du rapport que je présenterais le 8 février aux membres de l’OPECST, qui je l’espère, permettra de mieux informer le Parlement et les pouvoirs publics sur les enjeux de la biologie de synthèse, aujourd’hui confidentielle et portant très prometteuse, à un horizon de 10 à 20 ans.