Jean-Yves le Déaut, mon collègue de Lorraine, et moi animons un groupe de travail sur la recherche et l’innovation et multiplions les auditions pour préciser et affiner les propositions que François Hollande choisira de reprendre dans le programme qu’il présentera aux Français à la fin du mois de janvier.

Dans ce cadre, j’ai participé, avec Jean-Yves le Déaut et Vincent Peillon, responsable de tout le projet éducation pour François Hollande, à une rencontre conviviale avec 2 Prix Nobel Français, Albert Fert et Jules Hoffman, le secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, Jean-François Bach, deux mathématiciens dont le médaillé Fields Cédric Villany et une Présidente de deux organismes de recherche. Les échanges très informels, qui ont duré plus de deux heures, ont permis à ces chercheurs de faire part de leurs attentes, de leurs préoccupations à François Hollande qui leur a confirmé l’importance qu’il accordait à la qualité et l’ouverture de l’enseignement supérieur et la place essentielle qu’il ferait à la recherche, de la recherche fondamentale à la recherche partenariale avec l’industrie, pour développer une société de la connaissance pour le plus grand nombre et des emplois innovants.

L’une des préoccupations communes a concerné la désaffection des étudiants pour les filières scientifiques et la recherche, au moment où notre pays, comme tous les pays d’Europe d’ailleurs, a, plus que jamais, besoin de développer une recherche permettant de répondre aux grands enjeux sociétaux : la préservation de nos ressources, la réduction de l’écart entre les pays du Sud et les pays développés et émergents, l’amélioration de l’état sanitaire de toutes les populations, le développement d’énergies décarbonées, le développement des technologies, en particulier du numérique et des biotechnologies… Les questions liées aux aménagements nécessaires du Crédit Impôt Recherche, aujourd’hui trop orienté vers les grands groupes (sur 5 Milliards d’euros, 1,2 seulement bénéficient aux PMI PME et ETI créatrices d’emploi), à la loi sur l’autonomie des universités pour améliorer l’environnement indispensable à sa mise en œuvre, à la multiplication des structures et appels d’offres qu’il faudra harmoniser et réduire, à la reconnaissance nécessaire des doctorats dans l’industrie, dans l’administration centrale, à la nécessaire démocratisation des études supérieures face au constat de la réduction de l’ascenseur social…

Ce qui a prévalu, dans ces échanges, c’est la confiance, l’écoute et la volonté de converger sur des propositions concrètes, efficaces et bénéfique aux enseignants chercheurs comme aux étudiants et, surtout, bénéfiques au développement et à l’ouverture de notre pays sur le monde. A ce propos, la circulaire Guéant prise par le gouvernement en mai 2011 et visant à réduire drastiquement le nombre d’étudiants et de chercheurs publics et privés venant de l’étranger, très partiellement amendée il y a 10 jours, a été déplorée par tous, au nom des droits de l’homme et de l’image de notre pays dans le monde, mais aussi au nom de l’impact négatif pour notre développement, 40 % des doctorants en France venant de l’étranger. Le mot de la fin est à François Hollande qui a remercié ses interlocuteurs pour ce moment « d’intelligence partagée ».