Le Blog de Geneviève Fioraso

L’association pour la parité dans les métiers scientifiques et techniques (APMST) et les acteurs du projet GIANT organisaient, le 29 novembre dernier, un colloque sur le thème de la parité dans les métiers scientifiques. J’avais été sollicitée pour ouvrir ce colloque aux côtés de Claudie Haigneré, Présidente d’Universciences, ancienne Ministre de la Recherche, dont on connaît le parcours remarquable comme femme et astrophysicienne, première femme astronaute au monde.

Elue en charge des questions d’innovation, de recherche et d’économie, des domaines qui ne sont pas les plus prisés par les politiques et encore moins par les femmes politiques (elles-mêmes bien moins nombreuses que les hommes : 18% à l’Assemblée Nationale seulement !), j’ai pu témoigner que, dans les métiers scientifiques comme en politique, la question de la parité n’est malheureusement pas résolue, loin de là.

J’ai insisté sur deux points, qui expliquent, de mon point de vue, la désaffection des jeunes filles pour les métiers scientifiques et, plus largement, la présence moins importante des femmes à des postes de responsabilité.
Tout d’abord, la question de la formation et de l’enseignement pédagogique. Je pense qu’il faut véritablement s’interroger sur la façon dont on forme les futures élites, avec le système français des classes préparatoires puis des grandes écoles, avec une culture fondée sur la compétition et l’individualisme. Il me semble que l’on aurait beaucoup à gagner à encourager, comme aux Etats-Unis, des formations plus ouvertes, plus diversifiées, qui encouragent davantage le décloisonnement et la créativité, des formations qui seraient, du coup, certainement plus attractives pour les femmes.
Autre point qui me semble important dans ce débat, c’est cette autocensure des jeunes filles, ce manque de confiance en soi, souvent constaté dans les études, lié à ce sentiment largement véhiculé que, pour réussir, une femme doit être parfaite, avoir davantage de diplômes, faire davantage ses preuves. On peut d’ailleurs se demander si le parcours de Claudie Haigneré aurait été le même si elle n’avait pas été cette femme d’exception, sur-diplômée.
Lors de ce colloque, le parcours de Marie Curie a souvent été rappelé en exemple, comme modèle qui a su dépasser les préjugés de son temps. Je pense qu’une société qui ne placerait pas la parité au cœur de ses valeurs perdrait des atouts utiles au développement social, culturel et économique du pays. La créativité, la réactivité, la souplesse dont nous devons faire preuve pour anticiper et nous adapter aux mutations de plus en plus rapides de notre société vont de pair avec la parité. Il y a encore des efforts à faire dans l’application des lois existantes : c’est une affaire de volonté, d’exemplarité et de culture…

Intervention de Geneviève Fioraso durant le colloque sur la parité